Exposé de Loïc Depecker,
Professeur à la Sorbonne nouvelle,
Conseiller scientifique à la Délégation générale à la langue française


Évolution du mot "PERFORMANCE"


L'histoire du terme est une belle histoire puisque c'est un mot qui rapproche l'anglais et le français, on ne sait pas si c'est du français ou de l'anglais à l'origine, en tout cas, les étymologistes disent que c'est plutôt de l'anglais, mais comme on n'a pas toutes les sources sur ce sujet, il est à peu près impossible de savoir d'où est venue performance.

Cela nous porte à croire que l'on n'est pas trop gêné lorsqu'on importe en français des termes comme management, comme maintenance, puisque, qui pourrait dire que c'est plutôt anglais que français ? Je crois que là c'est un peu impossible à savoir, de même que discompte, que nous avons choisi pour "discount" il y a peu de temps : il y a là un cousinage entre l'anglais et le français qui remonte à très loin puisque les deux langues ont été cousines pendant trois siècles. Performance fait donc partie des termes qui vont et viennent de part et d'autre de la Manche, voir de l'Atlantique.

Si l'on revient à l'étymologie également, on pourrait penser que performance est la forme de l'ancien français : on performer, plutôt parformer ce qui fait que performer ou parformer c'est plutôt parfaire que performer d'aujourd'hui et là, je trouve qu'il y a une belle coïncidence entre le sens ancien et le sens moderne, en ce sens que performance est aussi bien la perfection dans l'action que la perfection dans l'&oeli;uvre et qu'il y a aujourd'hui en français dans le terme performance le sens de l'action et du résultat. Donc tout cela est très cohérent dans la langue et performance en fait, dans son sens moderne, nous vient du 19e siècle par les courses hippiques, puisque les chevaux à cette époque là faisaient des "performances" : c'est ce que les Anglais nous ont légué comme sens moderne.

En linguistique nous avons un sens très particulier de performance, il y a deux grands processus : la compétence, c'est-à-dire tout ce que la langue en tant que système permet de création de formes : c'est-à-dire le grand réservoir de la langue ; et puis il y a la performance, c'est-à-dire comment chacun s'approprie sa langue, soit pour faire des poèmes, soit pour faire des romans, soit pour créer des mots. Là, il y a une belle correspondance entre compétence et performance qui rejoint évidemment l'entreprise, puisque la compétence d'une entreprise est garante de la performance de cette entreprise ; il y a là un jeu de domaines qui est assez intéressant. Qu'est-ce que nous permet la performance en linguistique, c'est justement ce que nous expliquait M. Wassmer, c'est qu'on peut créer des termes, on peut créer mercatique, qui vous plait maintenant si bien, on peut créer multispace, qui vient un peu de monospace, qui a été créé par une commission ministérielle de terminologie dont l'un des représentants est ici, M. Christian MORY. On peut donc faire en sorte avec cette performance linguistique que les fourgonnettes légères deviennent tout à coup aériennes, parce qu'elles ne s'appellent plus VLT, ou de tout autre sigle, mais qu'elles s'appellent Berlingo ou quelque chose de semblable.

Pour conclure, ce qui m'intrigue quand même dans le domaine de l'automobile, c'est que l'on voit paraître de nouveaux suffixes qui viennent justement de la performance linguistique autorisée par la modernité, par exemple space a tendance à devenir un suffixe de l'automobile : monospace, multispace, il y aura peut-être un plurispace qui viendra après ; go semble devenir également un suffixe : la Twingo, le Twin, c'est donc une voiture dans laquelle on va plutôt à deux ; Berlingo c'est une berline qui ressemble non pas à un berlingot de lait mais à un véhicule ultra moderne, etc.

Voilà ce que je voulais vous dire sur le terme de performance, aussi bien sur ses acceptions linguistiques qu'industrielles. Il y aurait encore beaucoup à dire !

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