DITES-LE EN FRANÇAIS



Comme l’an dernier, grâce à la collaboration de l’association APFA (Actions pour promouvoir le français des affaires), La Montagne s’associe à la promotion du français pour marquer la semaine de la langue française. Chaque jour, nous présentons un ou plusieurs mots français susceptibles de remplacer avantageusement des mots anglais abusivement employés.

Vous avez dit « briefing » et « debriefing » ?

Dites plutôt réunion préparatoire (présentation aux acteurs concernés des informations ou des directives relatives à une opération avant le début de celle-ci) et réunion-bilan (réunion destinée à rendre compte d'une opération pour faire le point sur sa réalisation et ses résultats, et éventuellement décider de la suite à donner). On vous comprendra mieux.


« Briefing » et « debriefing  », très utilisés par les militaires qui jargonnent souvent en franglais, tendent à devenir inutilement à la mode dans les entreprises. C’est d’autant plus fâcheux que la forme verbale correspondante, « briefer  », qui peut être avantageusement remplacée par informer, donner des consignes, mettre au courant, instruire, etc. est un homonyme gênant de briffer, qui signifie manger (et qui signifiait même autrefois manger gloutonnement).

Les Québécois ont inventé les mots « breffage », « débreffage » et « breffer » pour remplacer les mots anglais correspondants. On peut apprécier leur souci de franciser les termes mais, en l’occurrence, ces mots semblent plutôt inutiles.

Quant au « press briefing », brève conférence de presse destinée à faire le point sur un sujet ou une situation qui évolue rapidement, appelez-le tout simplement un point de presse.

(La Montagne, 20 mars 2008)


Vous avez dit « surbooking » ?

Dites plutôt surréservation.


C’est le développement du tourisme de masse qui a donné naissance au mot « surbooking ». Mésaventure du transport aérien moderne, la surréservation, qui consiste, pour un transporteur ou un voyagiste qui craint des défections, à mettre en réservation un nombre de places plus important que celui des places réellement offertes, est la hantise du voyageur… et l’aubaine de quelques malins à la recherche d’indemnités car l’Union européenne a mis en place des mesures de protection et prévu des indemnisations. La pratique tend même à s’étendre à l’hôtellerie et aux spectacles.

Le mot « surbooking » est un exemple typique de franglais (le terme anglais est « overbooking ») avec des dérives de sens curieuses : des personnes surmenées, débordées ou même simplement pressées, se disent « surbookées », voire « over surbookées » pour celles qui veulent montrer qu’elles connaissent un peu l’anglais !

Notons qu’en jargon touristique, le terme « no-show » désigne la défaillance d'un voyageur qui a réservé une prestation de services et ne se présente pas. « No-show » qualifie aussi le voyageur défaillant. Défection, défaillance, défaillant sont certainement des mots plus parlants pour des francophones que « no-show ».

(La Montagne, 21 mars 2008)


Vous avez dit « fooding » d'un air gourmand ?

Dites plutôt cuisine-émotion.


C’est une nouvelle mode, avec ses adeptes, ses livres, ses revues, ses restaurants. Ces nouveaux gourmets refusent la nouvelle cuisine et réinventent la gastronomie, les plaisirs de la table, l’art culinaire, la bonne chère… Décor, atmosphère, ambiance sonore, couleurs, saveurs, odeurs, association insolite d’aliments, recours à des produits inconnus, etc. tout doit concourir à l’étonnement, à l’amusement et au bien-être des convives.

Mais ces nouveaux épicuriens ne sont défaillants que sur un point : le choix du mot pour désigner ce renouveau. Ils ont fabriqué un pseudo anglicisme en suivant la mode des mots-valises et en associant « food » (nourriture) et la fin de « feeling » (sentiment, émotion) pour obtenir « fooding »... avec une petite erreur car la suppression du l fait qu’on ne perçoit pas « feeling » dans « fooding » !

Si le vocabulaire traditionnel de la gastronomie, qui reste un des arts majeurs pratiqués en France, leur paraît inadéquat pour désigner leur nouvel art de manger en associant sensations gustatives et sentiment de bien-être, on peut leur conseiller « cuisine-émotion  », nouveau terme dans le monde de la restauration, dont la charge expressive paraît bien supérieure à celle de « fooding ».

(La Montagne, 22 mars 2008)


Vous avez dit « golden parachute » et « golden hello » ?

Dites plutôt pactole de départ et pactole d'arrivée.


Un « golden parachute » (parachute en or ou parachute doré) est une clause du contrat liant un dirigeant à une société et prévoyant de généreux avantages (indemnités importantes, options sur titres, retraite) lors de son départ de l’entreprise. Un « golden hello » (prime de bienvenue) récompense le recrutement d’un dirigeant de haut niveau. Un « golden handskhake » (poignée de main dorée) peut désigner soit une prime d’arrivée pour dédommager un dirigeant de ce qu’il perd en quittant son poste précédent, soit une indemnité exceptionnelle et substantielle de départ versée à une dirigeant pour l’inciter à quitter l’entreprise.

Le montant faramineux atteint par certains de ces avantages, notamment en France, a donné à des journalistes l’idée de les dénommer « pactoles ». Le Pactole est une petite rivière de Lydie, ancien pays d’Asie mineure. Dans l’Antiquité, elle charriait des sables aurifères qui firent la fortune de Crésus, dernier roi de Lydie. Le mot pactole a pris aujourd’hui le sens de source importante de richesses et de profits.

(La Montagne, 23 mars 2007)


Vous avez dit « access prime time » ?

Dites plutôt avant-soirée.


Le français peut parfois faire plus court que l’anglais, contrairement à l’idée reçu. Et cette avant-soirée est plus sympathique que le rugueux « access prime time ».

Il s’agit de la tranche horaire qui précède l’heure de grande écoute (heure de pointe au Québec), heure pendant laquelle l’audience est la plus forte (appelée en anglais « prime time »). Cette heure (20 à 21 heures) est le point de fixation des publicitaires avec un coût à la minute qui bat tous les records.

Les tranches horaires de diffusion situées pendant la journée, et correspondant le plus souvent à des périodes de faible écoute, sont appelées « créneaux de jour » (« daytime » en anglais).

(La Montagne, 24 mars 2008)


Vous avez dit « chat » en prononçant « tchatt » ?

Dites plutôt dialogue en ligne ou clavardage..


Le mot anglais « chat », qui signifie « bavardage », « conversation  », est souvent utilisé pour désigner une conversation en directe entre internautes, par échange de messages électroniques tapés au clavier et qui s’affichent en temps réel sur leurs écrans.
En France, on préconise d’utiliser plutôt le terme dialogue en ligne, qu’on peut abréger en dialogue. Au Québec, on a fabriqué un mot-valise, clavardage, à partir des mots clavier et bavardage. Le « chatroom », salon sur la Toile en France, est un clavardoir au Québec. Le « chatter », appelé parfois tchatcheur (de l’espagnol « chacharear », bavarder) en France, est un clavardeur au Québec

(La Montagne, 25 mars 2008)


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