Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Results

#1. Budget

Étymologie du mot BUDGET : budget (anglais)…

mais en fait, la seule réponse vraiment mauvaise est « buxum » ! Le mot « budget » a été emprunté à l’anglais sous le Consulat. Mais le mot anglais est lui-même une déformation du mot de l’ancien français « bougette » (petit sac, qui était d’ailleurs prononcé « boudgette »), diminutif de « bouge » (sac), venant du latin « bulga » (sac de cuir).

La manie des emprunts inutiles à l’anglais n’est donc pas une spécificité du français des affaires actuel ! Il est amusant de voir ce qu’écrivait à ce sujet le « Mercure de France » de floréal an IX (1801) :

« Parmi ceux qui ont introduit ce mot et qui le répètent, il en est peu qui se doutent qu’il est d’origine française et que nous avons la bonté de le recevoir, de seconde main, des Anglais, qui nous le renvoient défiguré et méconnaissable… Quand on avait à choisir entre différents mots qui tous ont la physionomie française, par quelle inconcevable bizarrerie a-t-on pu donner la préférence à ce vilain mot de budget ! Serait-ce un reste de l’influence de l’esprit fiscal, ami de la barbarie, parce qu’il l’est des ténèbres, et qui, tel qu’un pauvre honteux, s’enveloppe quand il demande, et déguise ce qu’il exige ? »

#2. Manageur

Étymologie du mot MANAGEUR : manager (anglais).

Le mot anglais manager a été inspiré (au XVIe siècle) par le mot italien maneggiare (avoir en main) qui s’appliquait d’abord aux chevaux. La forme anglaise du mot a sans doute été influencée par le mot français manège (qui a la même origine italienne). Son emploi a très vite été étendu à d’autres activités que le sport équestre et le mot a notamment pris le sens de dirigeant d’entreprise.

Le mot manager a été emprunté en français, au XIXe siècle, pour désigner une personne chargée de conseiller un champion sportif et de gérer ses intérêts matériels et financiers. Au XXe siècle, il a pris également le sens de dirigeant d’entreprise.

Depuis 1973, on préconise d’utiliser la forme manageur, qui devient manageuse au féminin.

L’étymologie de manageur est donc différente de celle des mots ménage (au sens de tout ce qui concerne l’entretien d’une famille, c’est-à-dire de gestion domestique), qui s’écrivait manage au XIIe siècle, et ménager (journalier, « homme de ménage »), qui s’écrivait mainagier au XVe siècle. L’origine de ces mots est un mot latin qui désignait l’habitation, la demeure (mansio).

#3. Brouillard (comptabilité)

Étymologie du mot BROUILLARD : brouiller, mot qui a lui-même pour étymologie le mot du latin tardif brodiculare.

Le « brouillard » est effectivement un « brouillon » et ces mots ont la même origine, le mot « brouiller » qui signifiait aussi griffonner. Au 15e siècle, on parlait déjà de « papier brouillas » ou « papier brouillars » devenu au 17e siècle le « brouillard, livre où le marchand écrit tous les jours, et où il raye et efface ce qu’il lui plait » (selon le « Dictionnaire françois contenant les mots et les choses » de Pierre Richelet dont la première édition a été publiée à Genève en 1680). Le « brouillard » s’appelait aussi « brouillon » ou « main courante ».

Le mot « brouillard » n’est plus guère utilisé en comptabilité à l’ère de l’informatique. On le rencontre encore dans certains petits logiciels de comptabilité mais les grands logiciels l’on banni de leur vocabulaire car il est jugé peu valorisant. Si le nom a disparu, la fonction de pré-enregistrement demeure toutefois sous d’autres appellations car elle est nécessaire pour permettre de corriger les erreurs d’imputation avant de passer les écritures définitives. On peut regretter cet abandon d’un terme auquel on ne peut reprocher que son homonymie avec un phénomène atmosphérique entraînant une faible visibilité !

Son synonyme « main courante » continue en revanche à être utilisé en comptabilité hôtelière.

#4. Boutique

Étymologie du mot BOUTIQUE : (ancien français)…

mais aussi, de manière indirecte, le mot grec « apothêkê » (αποθήκη), prononcé aujourd’hui « apotiki », qui désignait (et désigne toujours) un lieu de dépôt, un magasin de vivres ou d’approvisionnements, un cellier, une cave, et qui est devenu en latin « apotheca » en gardant le même sens. L’évolution des langues romanes a fait disparaître le « a » initial et a transformé la consonne sourde « p » en consonne sonore « b ». Le mot latin « apotheca » est ainsi devenu en italien « bottega » (boutique, magasin, mais aussi atelier), en occitan « botica » (mais on rencontre aussi « botiga » et « boutigo »), en espagnol « botica » (pharmacie, boutique) et « bodega » (cave, cellier), en catalan « botiga » (magasin, boutique) et « bodega » (cale d’un navire), en français ancien « boticle » puis « bouticle » et en français moderne « boutique ».

On peut retracer l’évolution suivante conduisant au mot français actuel :

« Apothêkê » (grec) est devenu « apotheca » en latin puis « botica » en provençal. Ce mot a été repris en vieux français sous les formes « boticle » puis « bouticle » et est devenu « boutique » en français moderne.

Remarquons que l’allemand a repris la forme grecque pour désigner une pharmacie (« Apotheke »).

#5. Finance

Étymologie du mot FINANCE : finer (ancien français).

Au XIIIe siècle, on disait « faire fin » ou « finer » (altération de finir) au sens de mener à sa fin une affaire en payant (par exemple une rançon), puis de payer. Le mot « fin » avait d’ailleurs pris également le sens de monnaie, d’argent.

Le suffixe « -ance » servant à former des substantifs d’action à partir de verbes (vengeance à partir de venger, résistance à partir de résister…), on a vu apparaître le mot « finance », action de terminer une affaire par un paiement. Ce mot fut d’abord surtout utilisé pour le maniement des revenus du Trésor royal (ce qu’on appellerait aujourd’hui « les finances publiques ») avant de s’étendre aux affaires d’argent privées.

Par l’intermédiaire du mot latin médiéval « financia », le terme est passé dans les autres langues romanes : « finanza » en italien, « financiero » (financier) en espagnol, « finanças » en portugais, « finança » en catalan et en occitan, « finanţe » en roumain.

Il s’est également répandu dans les langues germaniques : « finance » en anglais, « Finanz » en allemand, « finans » en danois et en norvégien, « financer » (finances) en suédois, « financiën » (finances) en néerlandais.

Il a été repris aussi dans les langues slaves : « финансы » en russe, « фінансы » en biélorusse, « финанси » en bulgare, « finanse » en polonais, « financuje » en tchèque, « finance » en slovaque.

#6. Monnaie

Étymologie du mot MONNAIE : moneta (latin).

La déesse Junon était surnommée l’Avertisseuse (Moneta) car elle aurait averti les Romains d’un tremblement de terre. Le temple de Junon Moneta servait d’atelier pour la frappe des monnaies.

#7. Solvable

Étymologie du mot SOLVABLE (qui peut respecter ses engagements financiers) : solvere (latin).

Le verbe latin solvere signifiait délier et, par extension, payer. Le paiement délie en effet le lien qui rattache le créancier au débiteur.

Le mot français solvable est une création savante à partir de ce verbe latin. Il date du 14e siècle mais n’a été employé couramment qu’à partir du 17e siècle.

Signifiant « qui a les moyens de payer », il peut s’appliquer à un client, à un pays, à une demande, etc.

Le substantif correspondant, solvabilité, a été formé au 17e siècle.

#8. Pécuniaire

Étymologie du mot PÉCUNIAIRE (adjectif) : qui concerne les ressources en argent (« ennuis pécuniaires », « gêne pécuniaire », « situation pécuniaire ») ou qui consiste en argent (« avantage pécuniaire », « aide pécuniaire », « peine pécuniaire ») : pecuniarius (latin).

Le mot « pécuniaire » provient de l’évolution du mot latin pecuniarius qui avait le même sens. Pecuniarius a été formé à partir du mot pecunia qui désignait au départ un avoir en bétail et a pris finalement le sens plus général de fortune, d’argent. Le mot pecunia provenait lui-même du mot pecus (bête, tête de bétail). Le latin a été à l’origine une langue d’agriculteurs dont le bétail constituait la richesse essentielle. On utilise en français de nombreux mots qui ont ainsi une origine agricole inattendue, par exemple dans le domaine littéraire : livre (de liber : partie vivante de l’écorce, qu’on utilisait pour écrire), volume (de volumen : rouleau de cette écorce), page (de pagina : rangée de vignes alignées puis page), caractère (de character : fer à marquer les bestiaux puis caractère), virgule (de virgula, petite branche, baguette puis signe de ponctuation), vers en poésie (de versus, sillon de labour puis ligne d’écriture), etc.

Le mot latin pecuniarius se retrouve dans toutes les langues romanes : catalan (pecuniar), corse (pecuniariu), espagnol (pecuniario), français (pécuniaire), italien (pecuniario), occitan (pecuniari), portugais (pecuniário) et roumain (pecuniar). Du français, il est passé à l’anglais (pecuniary), qui est la plus latine des langues germaniques (plus de 60% de son vocabulaire est d’origine latine).

L’adjectif pécunieux (qui a beaucoup d’argent, fortuné, riche) est d’un emploi assez rare aujourd’hui (le dictionnaire de l’Académie française est un des rares à le conserver), contrairement à son antonyme, impécunieux (qui manque d’argent, pauvre), qu’on rencontre encore fréquemment. Son étymologie latine (pecuniosus, riche en troupeaux au début, puis riche en argent ensuite) est voisine de celle de pécuniaire.

Remarques : l’adjectif pécuniaire est un mot épicène, c’est-à-dire dont la forme est la même au masculin et au féminin : « un souci pécuniaire », « une gêne pécuniaire ». L’adjectif pécunier (dont le féminin serait pécunière), qu’on rencontre parfois, n’est pas reconnu par l’Académie française et ne figure pas dans les dictionnaires.

#9. Usine

Étymologie du mot USINE (établissement industriel qui transforme des matières premières ou des produits semi-ouvrés en produits finis à l’aide de machines) : ouchine (picard), mot qui a lui-même pour étymologie le mot latin officina.

Le mot latin officina s’est progressivement transformé en ouchine ou œuchine en Picardie pour désigner, dès le 12e siècle, un bâtiment dans lequel on pratiquait une activité utilisant des rouages mus par la force hydraulique. Ce terme se rencontre d’ailleurs encore en picard.

Il a pris aussi les formes wisine, uisine puis usine (peut-être sous l’influence du droit d’usage de l’eau reconnu à ces établissements). Son utilisation a longtemps été limitée aux régions du nord et de l’est de la France. En Franche-Comté, on se servit même très tôt (10e siècle) de la forme usina pour désigner un moulin.

Le terme s’est répandu en français au 18e siècle pour désigner un établissement industriel équipé de machines, avec l’attrait d’un mot nouveau qui se démarquait des mots « fabrique » et « manufacture » attachés aux anciennes méthodes de production.

#10. Fiduciaire

Étymologie du mot FIDUCIAIRE (économie : adjectif utilisé pour désigner une monnaie dont la valeur nominale est très supérieure à la valeur intrinsèque, le papier-monnaie, c’est-à-dire les billets de banque, par exemple) : fiduciarius (latin).

Le mot « fiduciarius » signifiait « confié comme un dépôt provisoire à une personne de confiance » (la confiance se disait « fides » en latin). Il s’agissait notamment d’une pratique du droit romain consistant pour une personne (le disposant) à transmettre un bien à un personne de confiance en la chargeant de le remettre à un tiers à une époque fixée (généralement au décès du disposant).

Lorsque la monnaie de papier est apparue, les particuliers ont apporté à la banque des monnaies d’or et d’argent et reçu en contrepartie des billets de banque remboursables sur demande en métal monétaire. Il s’agissait donc d’un dépôt provisoire basé sur la confiance, ce qui explique le choix du terme monnaie fiduciaire.

Le remboursement en métal monétaire a assez vite été rendu impossible par les excès d’émission de billets de banque. La monnaie de papier est devenue du « papier-monnaie » inconvertible en or ou en argent. La confiance en la valeur de cette monnaie fiduciaire a été soutenue ultérieurement par l’établissement d’un cours légal, c’est-à-dire imposé par la loi : tous les agents économiques sont obligés d’accepter la monnaie à la valeur faciale et il n’y a donc pas de risque à l’accepter en paiement.

Terminé