Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Résultats

#1 Chèque

Étymologie du mot CHÈQUE : cheque (anglais).

Le mot chèque est une francisation du mot anglais « cheque » (que les Américains écrivent « check »).

Ce mot vient probablement du verbe anglais « to check », qui signifie contrôler, vérifier, enrayer… et qui a comme sens premier celui de « mettre en échec ». Il résulte d’une évolution du mot français ancien « eschec » (« échec ») qui provient lui-même d’une expression persane signifiant « le roi est mort ». La souche ou talon du chèque doit permettre de faire échec aux falsifications.

Certains auteurs donnent comme étymologie au mot « check » le mot arabe « sakk » (peut-être lui-même d’origine persane) désignant un paiement signé. Dans l’empire des califes Abbassides de Bagdad (du 8ème siècle au 13ème siècle), pour réduire les risques liés aux transferts de fonds, les agents du fisc recouraient au paiement signé (sakk), qui était une sorte de chèque, et les commerçants à la lettre de change (hawâla), dont le chèque est d’ailleurs un cas particulier. La lettre de change a ainsi été en usage à Bagdad bien avant qu’elle ne soit utilisée en Europe à la fin du Moyen Âge. Cette étymologie est cependant peu vraisemblable car l’utilisation du mot « cheque » (ou « check ») est relativement récente (18ème siècle). On peut penser que les Templiers (au 12ème siècle) et les banquiers lombards (au 13ème siècle) ont emprunté l’idée de la lettre de change aux banquiers de Bagdad (qui étaient probablement juifs car l’Islam interdit le prêt à intérêt aux musulmans) mais ils n’ont pas introduit les mots « sakk » et « hawâla » dans les langues européennes.

La graphie « cheque » a vraisemblablement été inspirée par le mot « exchequer » qui est une évolution du mot français ancien « eschequier » (« échiquier ») et qui a pris en anglais moderne le sens de « finances ». Le « Chancelier de l’Échiquier » est le ministre des Finances du Royaume-Uni. On appelle « Exchequer bills » les bons du Trésor. En ancien français, on appelait d’ailleurs aussi « Eschequier » (« Échiquier ») le Trésor royal. Les anciens fonctionnaires des finances faisaient en effet leurs calculs avec des tables à jetons qui ressemblaient à un échiquier (table de jeu d’échecs) et étaient désignées par le même nom.

#2 Magasin

Étymologie du mot MAGASIN : makhâzin (mais les autres réponses sont partiellement vraies).

Le mot « magasin » a d’abord désigné en français un lieu de dépôt pour des marchandises destinées à être conservées avant d’être utilisées ou vendues. Il a pris au XVIIIe siècle le sens d’établissement de commerce où l’on conserve et expose des marchandises en vue de les vendre, supplantant au XIXe siècle le mot boutique, surtout lorsque l’établissement est important.

Le mot « magasin » provient du mot arabe makhâzin, pluriel de makhzin, qui signifie entrepôt ou bureau. Il est parvenu en français par l’intermédiaire du latin médiéval (magazenum), de l’italien (magazzino) et vraisemblablement du provençal.

Le mot est également passé de l’italien à l’anglais sous la forme magazine. Il y a pris les acceptions (que le mot magasin a également en français) de dépôt d’armes et de munitions, de chargeur d’une arme à feu ou d’une caméra et de panier d’un projecteur de diapositives. Il y désigne aussi une publication. Dans ce dernier sens, il est revenu en France, d’abord sous la forme française magasin (le « Nouveau magasin français », le « Magasin pittoresque », le « Magasin encyclopédique » sont d’anciens titres de périodiques) puis sous la forme anglaise magazine.

#3 Cybernaute

Étymologie du mot cybernaute : cybernaut (anglais).

 

Le mot cybernaute a comme synonyme le mot internaute (utilisateur d’Internet).

En anglais, cybernaut résulte de la contraction des mots cyberspace et astronaut.

En français le mot naute (ou nautonier) désigne un batelier, un matelot, un navigateur.

Le cyberespace, c’est le réseau Internet considéré comme un espace virtuel (lieu imaginaire) dans lequel les internautes ou cybernautes « naviguent » et s’adonnent à des activités diverses (échanges d’informations, discussions, lèche-vitrines, achats, flânerie…). C’est un espace virtuel créé par l’interconnexion mondiale des ordinateurs et regroupant toutes les ressources d’information accessibles dans ce réseau.

Le mot cyberspace (cyberespace) est apparu en 1982 dans un roman de science-fiction de William Gibson qui l’a imaginé à partir du terme cybernetics (cybernétique).

Cybernétique est un mot d’origine grecque (κυбερνητική) utilisé dans l’Antiquité pour désigner le pilotage des navires et réutilisé au 19e siècle pour désigner le gouvernement des hommes (gouvernail et gouvernement ont la même étymologie grecque que cybernétique mais par l’intermédiaire du latin). En 1947, Norbert Wiener, mathématicien américain connu pour ses travaux sur la théorie de l’information, réinventa ce mot pour désigner la science des mécanismes régulateurs et servomécanismes.

#4 Manageur

Étymologie du mot MANAGEUR : manager (anglais).

Le mot anglais manager a été inspiré (au XVIe siècle) par le mot italien maneggiare (avoir en main) qui s’appliquait d’abord aux chevaux. La forme anglaise du mot a sans doute été influencée par le mot français manège (qui a la même origine italienne). Son emploi a très vite été étendu à d’autres activités que le sport équestre et le mot a notamment pris le sens de dirigeant d’entreprise.

Le mot manager a été emprunté en français, au XIXe siècle, pour désigner une personne chargée de conseiller un champion sportif et de gérer ses intérêts matériels et financiers. Au XXe siècle, il a pris également le sens de dirigeant d’entreprise.

Depuis 1973, on préconise d’utiliser la forme manageur, qui devient manageuse au féminin.

L’étymologie de manageur est donc différente de celle des mots ménage (au sens de tout ce qui concerne l’entretien d’une famille, c’est-à-dire de gestion domestique), qui s’écrivait manage au XIIe siècle, et ménager (journalier, « homme de ménage »), qui s’écrivait mainagier au XVe siècle. L’origine de ces mots est un mot latin qui désignait l’habitation, la demeure (mansio).

#5 & (dit « e commercial », esperluette, éperluette ou perluète)

Étymologie du signe & (dit « e commercial », esperluette, éperluette ou perluète) : et (latin).

Et (latin) est la seule réponse sûre pour expliquer l’origine du signe &. Mais chacune des trois autres a ses partisans pour expliquer la formation des mots esperluette, esperluète ou perluète.

Le signe & résulte de la ligature des lettres e et t pour abréger l’écriture du mot et. Ce symbole, dont la forme a varié au cours du temps et varie encore selon les polices de caractères utilisées était déjà employé à l’époque romaine. On en attribue l’invention à Tiron (Marcus Tullius Tiro), secrétaire de Cicéron et auteur d’une méthode de sténographie (les « notes tironiennes ») qui a été utilisée jusqu’à la fin du 15e siècle. Mais ce sont les calligraphes mérovingiens qui lui ont donné une forme voisine de celle que nous connaissons.

Ce signe, très utilisé autrefois, ne l’est plus aujourd’hui en français que dans le domaine commercial, dans les raisons sociales (« Science & Vie », « Nature & Découvertes », « Aubert & Duval »…). Son usage est un peu plus général en anglais. Cela explique son nom de « et commercial ». On le retrouve d’ailleurs, sous une appellation similaire, dans la plupart des langues pour désigner la conjonction de coordination correspondant au et français : ampersand en anglais, e comercial en portugais, e commerciale en italien, en-teken en néerlandais, handlowe i en polonais, i comercial en catalan, Kaufmannsund en allemand, och-tecken en suédois, og-tegn en danois, y comercial en castillan, etc.

Son utilisation commerciale explique sa présence sur les claviers de machines à écrire dont les caractères ont été repris sur les claviers d’ordinateurs. Comme le signe @ (« à commercial »), qui figure aussi sur les claviers et qui a été choisi comme séparateur dans les adresses électroniques, le signe & est très utilisé, en informatique, dans les langages de programmation et dans le langage HTML (notamment pour l’écriture des codes des couleurs et des codes des caractères spéciaux).

L’origine des mots « esperluette », « éperluette » et « perluète » fait l’objet de plusieurs hypothèses.

Certains dictionnaires les font provenir des mots latins perna (jambe, cuisse) et sphærula (petite sphère) avec une influence du mot uvula (luette). Le nom du signe proviendrait ainsi de sa forme. Cela semble peu crédible.

Une origine plus vraisemblable réside dans le fait que le signe & était présenté autrefois comme la 27ème lettre de l’alphabet et prononcé « ète ». La récitation, comme une comptine chantée, de l’alphabet par les écoliers se terminait par des mots du genre : et, per lui, et (signe et qui par lui-même signifie et). Cette origine, à caractère mnémotechnique, est d’autant plus crédible qu’on en trouve une similaire pour le mot anglais correspondant ampersand (and per se and).

On peut penser aussi que les enfants s’amusaient à ajouter à leur récitation (en récréation plutôt qu’en classe) un mot fabriqué à partir d’épeler et de pirouette et aient fini, par jeu, par donner ce nom au signe &. On disait d’ailleurs parfois pirlouète ou pirlouette. Cela expliquerait que le mot ait plusieurs formes.

#6 Pécuniaire

Étymologie du mot PÉCUNIAIRE (adjectif) : qui concerne les ressources en argent (« ennuis pécuniaires », « gêne pécuniaire », « situation pécuniaire ») ou qui consiste en argent (« avantage pécuniaire », « aide pécuniaire », « peine pécuniaire ») : pecuniarius (latin).

Le mot « pécuniaire » provient de l’évolution du mot latin pecuniarius qui avait le même sens. Pecuniarius a été formé à partir du mot pecunia qui désignait au départ un avoir en bétail et a pris finalement le sens plus général de fortune, d’argent. Le mot pecunia provenait lui-même du mot pecus (bête, tête de bétail). Le latin a été à l’origine une langue d’agriculteurs dont le bétail constituait la richesse essentielle. On utilise en français de nombreux mots qui ont ainsi une origine agricole inattendue, par exemple dans le domaine littéraire : livre (de liber : partie vivante de l’écorce, qu’on utilisait pour écrire), volume (de volumen : rouleau de cette écorce), page (de pagina : rangée de vignes alignées puis page), caractère (de character : fer à marquer les bestiaux puis caractère), virgule (de virgula, petite branche, baguette puis signe de ponctuation), vers en poésie (de versus, sillon de labour puis ligne d’écriture), etc.

Le mot latin pecuniarius se retrouve dans toutes les langues romanes : catalan (pecuniar), corse (pecuniariu), espagnol (pecuniario), français (pécuniaire), italien (pecuniario), occitan (pecuniari), portugais (pecuniário) et roumain (pecuniar). Du français, il est passé à l’anglais (pecuniary), qui est la plus latine des langues germaniques (plus de 60% de son vocabulaire est d’origine latine).

L’adjectif pécunieux (qui a beaucoup d’argent, fortuné, riche) est d’un emploi assez rare aujourd’hui (le dictionnaire de l’Académie française est un des rares à le conserver), contrairement à son antonyme, impécunieux (qui manque d’argent, pauvre), qu’on rencontre encore fréquemment. Son étymologie latine (pecuniosus, riche en troupeaux au début, puis riche en argent ensuite) est voisine de celle de pécuniaire.

Remarques : l’adjectif pécuniaire est un mot épicène, c’est-à-dire dont la forme est la même au masculin et au féminin : « un souci pécuniaire », « une gêne pécuniaire ». L’adjectif pécunier (dont le féminin serait pécunière), qu’on rencontre parfois, n’est pas reconnu par l’Académie française et ne figure pas dans les dictionnaires.

#7 Fisc

Étymologie du mot FISC : fiscus (latin).

Le mot français « fisc », qui désigne l’ensemble des administrations chargées de l’assiette, de la liquidation et du recouvrement des impôts, provient du mot latin fiscus, qui désignait un panier de jonc ou d’osier.

Voici ce qu’écrivait à ce sujet un auteur romain : « Fiscus est un panier de jonc, propre à contenir des sommes considérables d’argent. Pour exprimer la différence qui existe entre les biens de l’État et ceux des particuliers, nous employons le mot fiscus (panier de jonc) pour désigner le Trésor public et nous disons loculus (cassette), arca (coffre), saccellus (bourse) en parlant d’une fortune privée ».

En fait, le mot fiscus commença à être employé dans l’acception de « trésor impérial » ou « cassette impériale » lorsque les empereurs romains se mirent à pratiquer la confiscation des biens des condamnés. Le verbe « confisquer » a d’ailleurs pour étymologie confiscare qui signifiait « ajouter au fiscus ».

Notons qu’un diminutif de fiscus, fiscella, désignait un petit panier qui servait à égoutter les fromages frais et se retrouve dans le mot français « faisselle ».

#8 Fonds (de commerce)

Étymologie du mot FONDS (de commerce) : fundus (latin).

Les mots « fond » et « fonds » ont en fait à peu près la même étymologie. Le mot italien « fondo », qui a la même origine, peut d’ailleurs s’employer pour traduire ces deux mots.

L’orthographe « fond » provient de la forme qu’avait le mot lorsqu’il était complément d’objet du verbe (accusatif) : « fundum », devenu « fondum » en bas latin. La syllabe finale a progressivement cessé d’être prononcée mais l’écriture a gardé le d.

L’orthographe « fonds » provient de la forme qu’avait le mot lorsqu’il était sujet du verbe (nominatif) : « fundus » devenu « fondus » en bas latin. La syllabe finale a également cessé d’être prononcée mais l’écriture a gardé ds. L’ancien français a d’ailleurs connu aussi la forme « fons » qui a donné « fonsier », devenu « foncier » en français moderne.

Le français moderne a spécialisé ces deux graphies :

Le mot « fond » désigne, au sens propre, la partie d’un objet la plus éloignée de l’ouverture ou de la surface et, au sens figuré, ce qu’il y a d’essentiel dans une chose (par opposition à la forme).

Le mot « fonds » est utilisé lorsqu’il y a une idée de possession (terre, capital, ressources).

Avant d’être étendu au capital ou à des ressources diverses, le mot « fonds » désignait uniquement une terre qu’on exploite ou sur laquelle on bâtit des immeubles. C’est par extension de ce sens qu’a été créée l’expression « fonds de commerce » pour désigner un ensemble d’éléments mobiliers corporels et incorporels qui appartiennent à un commerçant ou à un industriel et qui lui permettent d’exercer son activité et de développer sa clientèle.

#9 Solde

Étymologie du mot SOLDE (différence entre le crédit et le débit d’un compte) : solidare (latin).

L’étymologie la plus sûre, et la plus lointaine, est le verbe latin solidare (consolider). Solder un compte, c’est le clôturer en établissant et en virant son solde, éventuellement en effectuant un règlement qui consolide, raffermit la situation du débiteur et celle du créancier. Solidare, devenu soldare en bas latin, a d’ailleurs fini par signifier aussi payer. Solidus, devenu sou en français, désignait une pièce d’or.

Les mots solde et solder sont peut-être parvenus en français moderne par l’intermédiaire des mots italiens saldo et saldare, qui ont le même sens et la même étymologie latine. C’est l’étymologie que retiennent beaucoup de dictionnaires. Ce n’est pas sûr car on trouve les mots solder (au sens de consolider) et soldre (au sens de payer) en ancien français dès le 12e siècle.

Il ne faut pas confondre ce mot solde, qui est masculin, avec son homonyme solde, qui est féminin et qui désigne la rémunération versée aux militaires. Ce dernier a pour étymologie le mot sou (solidus en latin, solt en ancien français, soldo en italien).

Depuis le 19e siècle, on utilise aussi le mot solde, masculin, pour désigner des marchandises mises en vente avec un rabais important. Il arrive fréquemment que le mot soit dans ce cas abusivement employé au féminin.

#10 Payer

Étymologie du mot PAYER (verbe) : s’acquitter par un versement de ce que l’on doit, mettre en possession de ce que l’on doit : pacare (latin).

Le mot « payer » provient de l’évolution du mot latin pacare qui signifiait pacifier (après avoir vaincu et soumis) et qui provenait lui-même du mot pax (la paix).

Le verbe latin pacare a évolué en français vers la forme paier qui avait au 11ème siècle les sens d’ « apaiser », « réconcilier » (sens qui se sont maintenus jusqu’au 15ème siècle).

Au 12ème siècle, paier a pris aussi le sens de « satisfaire en donnant de l’argent », puis « s’acquitter d’une dette » (sens actuel). Il a été utilisé également à cette époque au sens de « donner un coup » (paier un cop). Au 17ème siècle, on utilisait les deux orthographes paier et payer. L’Académie française retint payer dans la première version de son dictionnaire en 1694.

C’est aussi le verbe latin pacare qui est à l’origine des mots signifiant payer dans la plupart des autres langues romanes : pagare (italien) et pagar (catalan, castillan, occitan et portugais). Le verbe anglais to pay provient du mot français paier.

Terminé