Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Résultats

#1 Créance

Étymologie du mot CRÉANCE : credentia (latin populaire).

« Credentia », mot latin populaire, signifiait croyance, confiance, et le mot créance a longtemps conservé ce sens en français.

#2 Tourisme

Étymologie du mot TOURISME : tourism (anglais) qui a lui-même pour étymologie le mot français « tour ».

Le mot « touriste » est apparu en français en 1818 pour nommer les voyageurs anglais qui s’intitulaient eux-mêmes tourists. Le mot anglais tourism n’a été francisé en « tourisme » qu’en 1841 car il avait précédemment une connotation péjorative (les Anglais lui préféraient touring).

Mais ces mots ont été construits à partir du mot anglais tour (voyage, excursion) qui est un mot d’origine française. Le mot « tour » désigne d’ailleurs toujours en français un voyage dans lequel on revient au point de départ : on dit « faire un tour », « faire le tour du monde », etc.

#3 Ordinateur

Étymologie du mot ORDINATEUR : ordinateur (ancien français)…

mais si ordinateur a bien pour étymologie le mot ordinateur de l’ancien français, celui-ci provient lui-même de l’évolution du mot latin ordinator. Ordinateur avait autrefois le sens d’ordonnateur, personne qui dispose, qui règle selon un ordre. Dans l’Église catholique, il avait aussi le sens d’ordinant, celui qui confère un ordre ecclésiastique.

En 1954, la société IBM France voulait trouver un nom français pour sa nouvelle machine électronique destinées au traitement de l’information (IBM 650), en évitant d’utiliser la traduction littérale du mot anglais « computer » (« calculateur » ou « calculatrice »), qui était à cette époque plutôt réservé aux machines scientifiques. Aux États-Unis, les nouvelles machines de traitement automatique de l’information (capables de faire aussi du traitement de texte, du dessin, etc.) étaient appelées « electronic data processing systems » (EDPS) ou « data processing machines ».

Un cadre de la société conseilla de consulter un de ses anciens professeurs, Jacques Perret, titulaire de la chaire de philologie latine à la Sorbonne. Le professeur Perret répondit par une lettre du 16 avril 1955, dont la lecture donne un exemple intéressant de recherche terminologique :

Que diriez vous d' »ordinateur » ? C’est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde. Un mot de ce genre a l’avantage de donner aisément un verbe, « ordiner », un nom d’action, « ordination ». L’inconvénient est que « ordination » désigne une cérémonie religieuse ; mais les deux champs de signification (religion et comptabilité) sont si éloignés et la cérémonie d’ordination connue, je crois, de si peu de personnes que l’inconvénient est peut-être mineur. D’ailleurs votre machine serait « ordinateur » (et non ordination) et ce mot est tout a fait sorti de l’usage théologique.

« Systémateur » serait un néologisme, mais qui ne me paraît pas offensant ; il permet « systémation » ; mais « systémer » ne me semble guère utilisable.

« Combinateur » a l’inconvénient du sens péjoratif de « combine » ; « combiner » est usuel, donc peu capable de devenir technique ; « combination » ne me paraît guère viable à cause de la proximité de « combinaison ». Mais les Allemands ont bien leurs « combinats » (sorte de trusts, je crois), si bien que le mot aurait peut-être des possibilités autres que celles qu’évoque « combine ».

« Congesteur », « digesteur » évoquent trop « congestion » et « digestion »

« Synthétiseur » ne me paraît pas un mot assez neuf pour designer un objet spécifique, déterminé comme votre machine.

En relisant les brochures que vous m’avez données, je vois que plusieurs de vos appareils sont désignés par des noms d’agents féminins (trieuse, tabulatrice). « Ordinatrice » serait parfaitement possible et aurait même l’avantage de séparer plus encore votre machine du vocabulaire de la théologie.

Il y a possibilité aussi d’ajouter à un nom d’agent un complément :

« ordinatrice d’éléments complexes » ou un élément de composition, par ex. « sélecto-systémateur ». « Sélecto-ordinateur » a l’inconvénient de deux « o » en hiatus, comme « électro-ordinatrice ».

Il me semble que je pencherais pour « ordinatrice électronique »…

IBM France retint le mot ordinateur et chercha au début à protéger ce nom comme une marque. Mais le mot fut facilement et rapidement adopté par les utilisateurs et IBM France décida au bout de quelques mois de le laisser dans le domaine public.

On peut certes épiloguer sur le choix du terme : un ordinateur met-il vraiment en ordre ce qu’on lui confie ? De ce point de vue, ce choix n’est pas plus critiquable que celui du mot « computer », finalement retenu en anglais (un ordinateur n’est pas seulement une machine à calculer). L’avantage du mot ordinateur est que son sens ancien et son sens religieux ne sont pas connus par la plupart des utilisateurs et qu’il est donc sans ambiguïté pour eux.

Le mot a d’ailleurs été transposé en espagnol (ordenador) et en catalan (ordinador). Les autres langues romanes ont choisi de construire un néologisme à partir des mots latins calculator et computator : computadora en espagnol d’Amérique latine, calcolatore en italien, computador en portugais et calculator en roumain.

#4 Pécuniaire

Étymologie du mot PÉCUNIAIRE (adjectif) : qui concerne les ressources en argent (« ennuis pécuniaires », « gêne pécuniaire », « situation pécuniaire ») ou qui consiste en argent (« avantage pécuniaire », « aide pécuniaire », « peine pécuniaire ») : pecuniarius (latin).

Le mot « pécuniaire » provient de l’évolution du mot latin pecuniarius qui avait le même sens. Pecuniarius a été formé à partir du mot pecunia qui désignait au départ un avoir en bétail et a pris finalement le sens plus général de fortune, d’argent. Le mot pecunia provenait lui-même du mot pecus (bête, tête de bétail). Le latin a été à l’origine une langue d’agriculteurs dont le bétail constituait la richesse essentielle. On utilise en français de nombreux mots qui ont ainsi une origine agricole inattendue, par exemple dans le domaine littéraire : livre (de liber : partie vivante de l’écorce, qu’on utilisait pour écrire), volume (de volumen : rouleau de cette écorce), page (de pagina : rangée de vignes alignées puis page), caractère (de character : fer à marquer les bestiaux puis caractère), virgule (de virgula, petite branche, baguette puis signe de ponctuation), vers en poésie (de versus, sillon de labour puis ligne d’écriture), etc.

Le mot latin pecuniarius se retrouve dans toutes les langues romanes : catalan (pecuniar), corse (pecuniariu), espagnol (pecuniario), français (pécuniaire), italien (pecuniario), occitan (pecuniari), portugais (pecuniário) et roumain (pecuniar). Du français, il est passé à l’anglais (pecuniary), qui est la plus latine des langues germaniques (plus de 60% de son vocabulaire est d’origine latine).

L’adjectif pécunieux (qui a beaucoup d’argent, fortuné, riche) est d’un emploi assez rare aujourd’hui (le dictionnaire de l’Académie française est un des rares à le conserver), contrairement à son antonyme, impécunieux (qui manque d’argent, pauvre), qu’on rencontre encore fréquemment. Son étymologie latine (pecuniosus, riche en troupeaux au début, puis riche en argent ensuite) est voisine de celle de pécuniaire.

Remarques : l’adjectif pécuniaire est un mot épicène, c’est-à-dire dont la forme est la même au masculin et au féminin : « un souci pécuniaire », « une gêne pécuniaire ». L’adjectif pécunier (dont le féminin serait pécunière), qu’on rencontre parfois, n’est pas reconnu par l’Académie française et ne figure pas dans les dictionnaires.

#5 @ (dit « a commercial » ou « arobase »)

Étymologie du signe @ (dit « A COMMERCIAL » ou « AROBASE ») : ad (latin).

Le signe @ est très ancien. Il résulte de la ligature, sans doute par les copistes du Moyen Âge, des lettres a et d de la préposition latine ad (à). Il a ensuite été utilisé longtemps par les chancelleries devant les noms des destinataires des courriers diplomatiques rédigés en latin.

Il n’est resté ensuite en usage qu’en Amérique du Nord et presque uniquement en comptabilité, pour désigner le prix unitaire sur une facture : 50 articles @ 7 $ (50 articles à 7 dollars pièce). À ce titre, il fut inclus dans les claviers des machines à écrire américaines. De cet emploi vient son nom de « a commercial » (« commercial at »). En français, il vaudrait d’ailleurs mieux écrire « à commercial ».

Lorsque l’inventeur de la messagerie électronique (Ray Tomlinson) chercha en 1972 un caractère pour jouer le rôle de séparateur dans les adresses électroniques (entre le nom de l’internaute et l’adresse de l’ordinateur hôte), il choisit le signe @ parce qu’il était sur les claviers, parce qu’il ne risquait pas de figurer dans les noms propres et parce qu’il signifiait « à ».

Il semble que l’expression typographique « a rond bas » désignait autrefois le @ (le bas de la casse des imprimeurs contenant les lettres minuscules, ils ont pris l’habitude de les appeler « bas de casse »).

C’est vraisemblablement une déformation de cette expression et une confusion avec le mot espagnol « arroba » (arobe ou arrobe en français, mesure de poids ou de volume qui était peut-être représentée par un symbole voisin) qui ont conduit aux nombreuses appellations que l’on rencontre aujourd’hui dans notre langue : arobe, arrobe, arobas, arobase, arrobas, arobace, etc. La moins mauvaise, d’un point de vue étymologique, serait peut-être « aronbas ».

Certains croient avoir trouvé l’origine du mot arobas dans le « Trésor du Félibrige », lexique de la langue d’oc publié en 1878 par Frédéric Mistral : le mot y apparaît comme une forme régionale de arabast ou alabast (« aile du bât »), sorte de crochet qui sert à attacher les sacs sur le bât des ânes.

Comment faut-il prononcer le signe @ ? En latin, ad ! En anglais, at ! En français, ce serait chez (c’est un des sens du mot latin « ad ») qui semblerait la meilleure solution puisque le signe introduit le plus souvent l’adresse d’un fournisseur d’accès ou d’un hébergeur. L’adresse « jean-françois.dupont@orange.fr » pourrait ainsi se lire : « jean-françois.dupont chez orange.fr ». Ce serait même mieux que la préposition anglaise « at » qui ne signifie « chez » que lorsqu’elle est suivie d’un nom au cas possessif (« at the grocer’s » : chez l’épicier).

En France, la Commission spécialisée de terminologie et de néologie de l’informatique et des composants électroniques a choisi de préconiser les termes arrobe et arobase.

#6 Investir (finances)

Étymologie du mot INVESTIR (finances) : to invest (anglais).

Le verbe latin investire, qui signifiait revêtir, garnir, a pris au Moyen Âge le sens de « mettre en possession d’un fief ou d’une charge » car on conférait cette dignité ou ces pouvoirs en remettant un élément du costume qui la symbolisait.

On disait en vieux français envestir ou investir.

Ce verbe a aussi emprunté à l’italien investire le sens d’entourer de troupes, encercler, assiéger.

Le sens « employer des capitaux dans une entreprise » existait également en italien dès le 14e siècle. Il a été repris en anglais au 16e siècle. Mais ce n’est qu’en 1922 que le mot investir a été utilisé dans cette acception, par imitation de l’anglais, pour la première fois en français. La mode était déjà aux anglicismes dans la langue des affaires.

#7 Informatique

Étymologie du mot INFORMATIQUE : information et automatique (français).

Le mot « informatique » est un néologisme créé en 1962 par Philippe Dreyfus. C’est un « mot-valise » constitué du début du mot « information » et de la fin du mot « automatique ». Philippe Dreyfus est un des pionniers de l’informatique en France. Il a enseigné cette discipline à l’Université de Harvard et a dirigé le Centre national de calcul électronique de la société Bull. Il a fondé une société d’informatique en 1962 et lui a donné comme dénomination sociale « Société d’informatique appliquée (SIA) », inventant ainsi le terme « informatique ».

On peut définir l’informatique comme la « science du traitement rationnel, notamment par machines automatiques, de l’information considérée comme le support des connaissances humaines et des communications dans les domaines technique, économique et social » (définition approuvée par l’Académie française).

Le terme s’est répandu dans de nombreuses langues : allemand (Informatik), bulgare (информатика), catalan (informàtica), espagnol (informática), finnois (informatiikka), italien (informatica), néerlandais (informatica), occitan (enformatica), portugais (informática), roumain (informaticǎ), russe (информатика), etc. On trouve en anglais le mot « informatics » qui désigne les sciences de l’information. L’informatique proprement dite est désignée, selon les domaines, par les expressions « computer science », « data processing » ou « information technology »…

#8 Syndicat

Étymologie du mot SYNDICAT (droit du travail) : syndic (français).

Le mot syndicat a d’abord désigné la fonction de syndic. Ce mot provient lui-même d’un mot grec (sundikos) qui a été repris en latin (syndicus) et qui désignait un défenseur devant la justice, ce que nous appelons aujourd’hui un avocat. En France, avant 1789, les syndics étaient les représentants élus des habitants des villes ou des paroisses rurales. Ils ont été remplacés en 1789 par les maires. En Suisse romande (canton de Fribourg et canton de Vaud), le maire porte toujours le nom de syndic, et en Italie celui de sindaco.

À la fin du Second Empire (à partir de 1867), les ouvriers ont formé des chambres syndicales plus ou moins tolérées mais le mot syndicat a reçu son sens actuel en droit du travail par la loi du 21 mars 1884 qui a consacré l’existence de ces « associations qui ont pour objet le défense des intérêts professionnels de leurs membres ».

Le terme s’est répandu avec cette acception dans les autres langues latines (sindicat en catalan, sindicado en espagnol, sindacato en italien, sindicato en portugais), en allemand (Syndikat), en grec (sundikaton), et en turc (sendica). Le mot syndicate existe en anglais mais il désigne un groupement commercial ou financier… ou une organisation criminelle. Un syndicat ouvrier s’appelle trade union.

#9 Budget

Étymologie du mot BUDGET : budget (anglais)…

mais en fait, la seule réponse vraiment mauvaise est « buxum » ! Le mot « budget » a été emprunté à l’anglais sous le Consulat. Mais le mot anglais est lui-même une déformation du mot de l’ancien français « bougette » (petit sac, qui était d’ailleurs prononcé « boudgette »), diminutif de « bouge » (sac), venant du latin « bulga » (sac de cuir).

La manie des emprunts inutiles à l’anglais n’est donc pas une spécificité du français des affaires actuel ! Il est amusant de voir ce qu’écrivait à ce sujet le « Mercure de France » de floréal an IX (1801) :

« Parmi ceux qui ont introduit ce mot et qui le répètent, il en est peu qui se doutent qu’il est d’origine française et que nous avons la bonté de le recevoir, de seconde main, des Anglais, qui nous le renvoient défiguré et méconnaissable… Quand on avait à choisir entre différents mots qui tous ont la physionomie française, par quelle inconcevable bizarrerie a-t-on pu donner la préférence à ce vilain mot de budget ! Serait-ce un reste de l’influence de l’esprit fiscal, ami de la barbarie, parce qu’il l’est des ténèbres, et qui, tel qu’un pauvre honteux, s’enveloppe quand il demande, et déguise ce qu’il exige ? »

#10 Solvable

Étymologie du mot SOLVABLE (qui peut respecter ses engagements financiers) : solvere (latin).

Le verbe latin solvere signifiait délier et, par extension, payer. Le paiement délie en effet le lien qui rattache le créancier au débiteur.

Le mot français solvable est une création savante à partir de ce verbe latin. Il date du 14e siècle mais n’a été employé couramment qu’à partir du 17e siècle.

Signifiant « qui a les moyens de payer », il peut s’appliquer à un client, à un pays, à une demande, etc.

Le substantif correspondant, solvabilité, a été formé au 17e siècle.

Terminé