Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Results

#1. Magasin

Étymologie du mot MAGASIN : makhâzin (mais les autres réponses sont partiellement vraies).

Le mot « magasin » a d’abord désigné en français un lieu de dépôt pour des marchandises destinées à être conservées avant d’être utilisées ou vendues. Il a pris au XVIIIe siècle le sens d’établissement de commerce où l’on conserve et expose des marchandises en vue de les vendre, supplantant au XIXe siècle le mot boutique, surtout lorsque l’établissement est important.

Le mot « magasin » provient du mot arabe makhâzin, pluriel de makhzin, qui signifie entrepôt ou bureau. Il est parvenu en français par l’intermédiaire du latin médiéval (magazenum), de l’italien (magazzino) et vraisemblablement du provençal.

Le mot est également passé de l’italien à l’anglais sous la forme magazine. Il y a pris les acceptions (que le mot magasin a également en français) de dépôt d’armes et de munitions, de chargeur d’une arme à feu ou d’une caméra et de panier d’un projecteur de diapositives. Il y désigne aussi une publication. Dans ce dernier sens, il est revenu en France, d’abord sous la forme française magasin (le « Nouveau magasin français », le « Magasin pittoresque », le « Magasin encyclopédique » sont d’anciens titres de périodiques) puis sous la forme anglaise magazine.

#2. Boutique

Étymologie du mot BOUTIQUE : (ancien français)…

mais aussi, de manière indirecte, le mot grec « apothêkê » (αποθήκη), prononcé aujourd’hui « apotiki », qui désignait (et désigne toujours) un lieu de dépôt, un magasin de vivres ou d’approvisionnements, un cellier, une cave, et qui est devenu en latin « apotheca » en gardant le même sens. L’évolution des langues romanes a fait disparaître le « a » initial et a transformé la consonne sourde « p » en consonne sonore « b ». Le mot latin « apotheca » est ainsi devenu en italien « bottega » (boutique, magasin, mais aussi atelier), en occitan « botica » (mais on rencontre aussi « botiga » et « boutigo »), en espagnol « botica » (pharmacie, boutique) et « bodega » (cave, cellier), en catalan « botiga » (magasin, boutique) et « bodega » (cale d’un navire), en français ancien « boticle » puis « bouticle » et en français moderne « boutique ».

On peut retracer l’évolution suivante conduisant au mot français actuel :

« Apothêkê » (grec) est devenu « apotheca » en latin puis « botica » en provençal. Ce mot a été repris en vieux français sous les formes « boticle » puis « bouticle » et est devenu « boutique » en français moderne.

Remarquons que l’allemand a repris la forme grecque pour désigner une pharmacie (« Apotheke »).

#3. Fiduciaire

Étymologie du mot FIDUCIAIRE (économie : adjectif utilisé pour désigner une monnaie dont la valeur nominale est très supérieure à la valeur intrinsèque, le papier-monnaie, c’est-à-dire les billets de banque, par exemple) : fiduciarius (latin).

Le mot « fiduciarius » signifiait « confié comme un dépôt provisoire à une personne de confiance » (la confiance se disait « fides » en latin). Il s’agissait notamment d’une pratique du droit romain consistant pour une personne (le disposant) à transmettre un bien à un personne de confiance en la chargeant de le remettre à un tiers à une époque fixée (généralement au décès du disposant).

Lorsque la monnaie de papier est apparue, les particuliers ont apporté à la banque des monnaies d’or et d’argent et reçu en contrepartie des billets de banque remboursables sur demande en métal monétaire. Il s’agissait donc d’un dépôt provisoire basé sur la confiance, ce qui explique le choix du terme monnaie fiduciaire.

Le remboursement en métal monétaire a assez vite été rendu impossible par les excès d’émission de billets de banque. La monnaie de papier est devenue du « papier-monnaie » inconvertible en or ou en argent. La confiance en la valeur de cette monnaie fiduciaire a été soutenue ultérieurement par l’établissement d’un cours légal, c’est-à-dire imposé par la loi : tous les agents économiques sont obligés d’accepter la monnaie à la valeur faciale et il n’y a donc pas de risque à l’accepter en paiement.

#4. Solde

Étymologie du mot SOLDE (différence entre le crédit et le débit d’un compte) : solidare (latin).

L’étymologie la plus sûre, et la plus lointaine, est le verbe latin solidare (consolider). Solder un compte, c’est le clôturer en établissant et en virant son solde, éventuellement en effectuant un règlement qui consolide, raffermit la situation du débiteur et celle du créancier. Solidare, devenu soldare en bas latin, a d’ailleurs fini par signifier aussi payer. Solidus, devenu sou en français, désignait une pièce d’or.

Les mots solde et solder sont peut-être parvenus en français moderne par l’intermédiaire des mots italiens saldo et saldare, qui ont le même sens et la même étymologie latine. C’est l’étymologie que retiennent beaucoup de dictionnaires. Ce n’est pas sûr car on trouve les mots solder (au sens de consolider) et soldre (au sens de payer) en ancien français dès le 12e siècle.

Il ne faut pas confondre ce mot solde, qui est masculin, avec son homonyme solde, qui est féminin et qui désigne la rémunération versée aux militaires. Ce dernier a pour étymologie le mot sou (solidus en latin, solt en ancien français, soldo en italien).

Depuis le 19e siècle, on utilise aussi le mot solde, masculin, pour désigner des marchandises mises en vente avec un rabais important. Il arrive fréquemment que le mot soit dans ce cas abusivement employé au féminin.

#5. Marché

Étymologie du mot MARCHÉ : mercatus (latin).

Le mot latin mercatus (formé lui-même à partir du mot merx qui désignait la marchandise) était employé au sens de commerce, foire, marché, place de marché. Sa forme mercatum est devenue marchetum puis a évolué vers marchiet au 11ème siècle, marchet (12ème siècle) et enfin marché.

Le mot est en général resté plus proche de la forme latine dans les autres langues romanes : mercat en catalan et en occitan, mercato en italien, mercatu en corse, mercado en espagnol et en portugais.

Notons qu’en 1973 les économistes François Perroux et Jean Fourastié, membres de la première commission ministérielle de terminologie économique et financière, créée à l’initiative de Georges Pompidou et présidée par Valéry Giscard d’Estaing, ont inventé le néologisme mercatique construit à partir du mot latin mercatus.

Quant au mot francique marka (poids, monnaie), il est devenu en français marc (avec le même sens), mot qu’on utilise encore dans l’expression « au marc le franc ». En allemand, il est devenu mark (l’ancienne monnaie allemande).

Le mot francique markôn (marcher, piétiner) est devenu en français marcher.

Le dieu Mercure s’est contenté de donner en français son nom aux mercuriales (listes des prix des denrées sur un marché public) et à un jour de la semaine (mercredi, jour de Mercure). Le métal du même nom doit son appellation à la planète Mercure (dont le nom provient, il est vrai, de celui du dieu).

#6. Solvable

Étymologie du mot SOLVABLE (qui peut respecter ses engagements financiers) : solvere (latin).

Le verbe latin solvere signifiait délier et, par extension, payer. Le paiement délie en effet le lien qui rattache le créancier au débiteur.

Le mot français solvable est une création savante à partir de ce verbe latin. Il date du 14e siècle mais n’a été employé couramment qu’à partir du 17e siècle.

Signifiant « qui a les moyens de payer », il peut s’appliquer à un client, à un pays, à une demande, etc.

Le substantif correspondant, solvabilité, a été formé au 17e siècle.

#7. Monnaie

Étymologie du mot MONNAIE : moneta (latin).

La déesse Junon était surnommée l’Avertisseuse (Moneta) car elle aurait averti les Romains d’un tremblement de terre. Le temple de Junon Moneta servait d’atelier pour la frappe des monnaies.

#8. Bogue (informatique)

Étymologie du mot BOGUE (informatique) : bug (anglais des États-Unis).

Les insectes sont les premiers bogues qui ont causé du souci aux informaticiens. Les premiers calculateurs programmables fonctionnaient avec des relais électromécaniques dans lesquels les papillons de nuit (attirés par la lumière des tubes à vide) et les mites se coinçaient ou s’électrocutaient parfois en causant des faux contacts ou des courts-circuits difficiles à détecter. Ces mésaventures sont arrivées aux circuits de commande des radars pendant la deuxième guerre mondiale, au calculateur Mark II de l’université de Harvard en 1945 et au premier vrai ordinateur, l’ENIAC, en 1946. À la suite de ces incidents, le mot anglais « bug », qui signifie « insecte » aux États-Unis, a été retenu pour désigner tout défaut de conception ou de réalisation se manifestant par des anomalies de fonctionnement.

Mais ce mot était en fait déjà utilisé auparavant, depuis 1870 au moins (Edison l’employait), pour désigner un dysfonctionnement électromécanique car c’était la marque d’un appareil télégraphique au fonctionnement délicat qui était à l’origine de nombreux problèmes.

En France, la commission de terminologie de l’informatique a proposé, en 1983, d’utiliser le mot « bogue », phonétiquement assez voisin, qui désigne l’enveloppe bardée de piquants des châtaignes. Elle préconisait de conserver le genre féminin mais l’usage en a fait un mot masculin, si bien qu’on dit maintenant une bogue pour la châtaigne et un bogue en informatique.

Le mot breton « bolc’h » (ou son cousin gaulois ?) est à l’origine du mot français « bogue » désignant l’enveloppe de la châtaigne.

Quant au mot latin « boca », il a aussi donné en français un autre mot « bogue », qui désigne un poisson de la famille des brèmes de mer (« boops boops » pour les ichtyologistes) qui n’a vraiment rien à voir avec l’informatique.

#9. Fonds (de commerce)

Étymologie du mot FONDS (de commerce) : fundus (latin).

Les mots « fond » et « fonds » ont en fait à peu près la même étymologie. Le mot italien « fondo », qui a la même origine, peut d’ailleurs s’employer pour traduire ces deux mots.

L’orthographe « fond » provient de la forme qu’avait le mot lorsqu’il était complément d’objet du verbe (accusatif) : « fundum », devenu « fondum » en bas latin. La syllabe finale a progressivement cessé d’être prononcée mais l’écriture a gardé le d.

L’orthographe « fonds » provient de la forme qu’avait le mot lorsqu’il était sujet du verbe (nominatif) : « fundus » devenu « fondus » en bas latin. La syllabe finale a également cessé d’être prononcée mais l’écriture a gardé ds. L’ancien français a d’ailleurs connu aussi la forme « fons » qui a donné « fonsier », devenu « foncier » en français moderne.

Le français moderne a spécialisé ces deux graphies :

Le mot « fond » désigne, au sens propre, la partie d’un objet la plus éloignée de l’ouverture ou de la surface et, au sens figuré, ce qu’il y a d’essentiel dans une chose (par opposition à la forme).

Le mot « fonds » est utilisé lorsqu’il y a une idée de possession (terre, capital, ressources).

Avant d’être étendu au capital ou à des ressources diverses, le mot « fonds » désignait uniquement une terre qu’on exploite ou sur laquelle on bâtit des immeubles. C’est par extension de ce sens qu’a été créée l’expression « fonds de commerce » pour désigner un ensemble d’éléments mobiliers corporels et incorporels qui appartiennent à un commerçant ou à un industriel et qui lui permettent d’exercer son activité et de développer sa clientèle.

#10. Thésauriser

Étymologie du mot THÉSAURISER (amasser de manière durable de la monnaie dans un coffre, chez soi ou en banque, en évitant d’investir, de prêter ou de consommer) : thesaurus (latin)… et indirectement θησαυρός (grec).

Le document le plus ancien actuellement connu et comportant le mot thésauriser date de 1350. C’est un poème religieux de Gilles Le Muisit (1272 – 1352), moine, chroniqueur et poète français. L’auteur y parle de « thresors thesauriziés ». En 1588, Montaigne écrivait encore « thesaurizer ».

Le mot est emprunté à un terme du latin tardif « thesaurizare » (utilisé dans des textes chrétiens) construit à partir du mot du latin classique « thesaurus ». Notons que « thesaurus » provient lui-même du mot grec « θησαυρός ».

Terminé