Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Results

#1. @ (dit « a commercial » ou « arobase »)

Étymologie du signe @ (dit « A COMMERCIAL » ou « AROBASE ») : ad (latin).

Le signe @ est très ancien. Il résulte de la ligature, sans doute par les copistes du Moyen Âge, des lettres a et d de la préposition latine ad (à). Il a ensuite été utilisé longtemps par les chancelleries devant les noms des destinataires des courriers diplomatiques rédigés en latin.

Il n’est resté ensuite en usage qu’en Amérique du Nord et presque uniquement en comptabilité, pour désigner le prix unitaire sur une facture : 50 articles @ 7 $ (50 articles à 7 dollars pièce). À ce titre, il fut inclus dans les claviers des machines à écrire américaines. De cet emploi vient son nom de « a commercial » (« commercial at »). En français, il vaudrait d’ailleurs mieux écrire « à commercial ».

Lorsque l’inventeur de la messagerie électronique (Ray Tomlinson) chercha en 1972 un caractère pour jouer le rôle de séparateur dans les adresses électroniques (entre le nom de l’internaute et l’adresse de l’ordinateur hôte), il choisit le signe @ parce qu’il était sur les claviers, parce qu’il ne risquait pas de figurer dans les noms propres et parce qu’il signifiait « à ».

Il semble que l’expression typographique « a rond bas » désignait autrefois le @ (le bas de la casse des imprimeurs contenant les lettres minuscules, ils ont pris l’habitude de les appeler « bas de casse »).

C’est vraisemblablement une déformation de cette expression et une confusion avec le mot espagnol « arroba » (arobe ou arrobe en français, mesure de poids ou de volume qui était peut-être représentée par un symbole voisin) qui ont conduit aux nombreuses appellations que l’on rencontre aujourd’hui dans notre langue : arobe, arrobe, arobas, arobase, arrobas, arobace, etc. La moins mauvaise, d’un point de vue étymologique, serait peut-être « aronbas ».

Certains croient avoir trouvé l’origine du mot arobas dans le « Trésor du Félibrige », lexique de la langue d’oc publié en 1878 par Frédéric Mistral : le mot y apparaît comme une forme régionale de arabast ou alabast (« aile du bât »), sorte de crochet qui sert à attacher les sacs sur le bât des ânes.

Comment faut-il prononcer le signe @ ? En latin, ad ! En anglais, at ! En français, ce serait chez (c’est un des sens du mot latin « ad ») qui semblerait la meilleure solution puisque le signe introduit le plus souvent l’adresse d’un fournisseur d’accès ou d’un hébergeur. L’adresse « jean-françois.dupont@orange.fr » pourrait ainsi se lire : « jean-françois.dupont chez orange.fr ». Ce serait même mieux que la préposition anglaise « at » qui ne signifie « chez » que lorsqu’elle est suivie d’un nom au cas possessif (« at the grocer’s » : chez l’épicier).

En France, la Commission spécialisée de terminologie et de néologie de l’informatique et des composants électroniques a choisi de préconiser les termes arrobe et arobase.

#2. Monnaie

Étymologie du mot MONNAIE : moneta (latin).

La déesse Junon était surnommée l’Avertisseuse (Moneta) car elle aurait averti les Romains d’un tremblement de terre. Le temple de Junon Moneta servait d’atelier pour la frappe des monnaies.

#3. Mercantile

Étymologie du mot MERCANTILE : mercantile (italien).

« Mercantile », adjectif italien signifiant commercial, marchand, a pris en français moderne un sens péjoratif qu’il n’a pas en italien (le mot italien correspondant au mot français « mercantile » est « mercantesco »).

#4. Prix

Étymologie du mot PRIX : pretium (latin).

Le mot français « prix » vient du mot latin « pretium » qui avait la même acception de « valeur d’une chose » ou « prix ». Il signifiait aussi « salaire », « récompense », « argent ». Le verbe latin correspondant, « pretiare », est devenu en français « priser » (estimer, évaluer, mettre un prix à), qu’on retrouve dans les expressions : priser un ouvrage, marchandise très prisée, prisée d’un inventaire de succession, commissaire-priseur, mépriser, mépris.

Ce verbe ne doit pas être confondu avec son homonyme utilisé dans l’expression « priser du tabac ». Celui-ci a été formé à partir du mot « prise », substantif correspondant au verbe « prendre ».

#5. Usine

Étymologie du mot USINE (établissement industriel qui transforme des matières premières ou des produits semi-ouvrés en produits finis à l’aide de machines) : ouchine (picard), mot qui a lui-même pour étymologie le mot latin officina.

Le mot latin officina s’est progressivement transformé en ouchine ou œuchine en Picardie pour désigner, dès le 12e siècle, un bâtiment dans lequel on pratiquait une activité utilisant des rouages mus par la force hydraulique. Ce terme se rencontre d’ailleurs encore en picard.

Il a pris aussi les formes wisine, uisine puis usine (peut-être sous l’influence du droit d’usage de l’eau reconnu à ces établissements). Son utilisation a longtemps été limitée aux régions du nord et de l’est de la France. En Franche-Comté, on se servit même très tôt (10e siècle) de la forme usina pour désigner un moulin.

Le terme s’est répandu en français au 18e siècle pour désigner un établissement industriel équipé de machines, avec l’attrait d’un mot nouveau qui se démarquait des mots « fabrique » et « manufacture » attachés aux anciennes méthodes de production.

#6. Trésor (public)

Étymologie du mot TRÉSOR (PUBLIC) qui désigne l’ensemble des moyens financiers dont dispose un État et l’administration publique qui en assure la gestion. : thesaurus (latin), ce mot latin étant lui-même d’origine grecque (θησαυρός).

Le mot latin thesaurus, qui désignait un trésor caché, a évolué très vite vers les formes thresor et tresor qui ont servi aussi à désigner l’ensemble de ressources financières dont dispose un souverain, les biens de celui-ci et ceux de l’État étant confondus (ce que l’on appelait en latin Fiscus qui a donné Fisc). En espagnol, en italien et en portugais, le mot est resté plus proche de sa forme latine (tesoro en espagnol et en italien, tesauro en portugais) mais il est utilisé comme en français pour désigner à la fois les trésors privés et le Trésor public. Le mot anglais treasure est d’origine française.

#7. Honoraires

Étymologie du mot honoraires : honorarium (latin).

Le mot honor désignait en latin une charge officielle, une magistrature (mais il signifiait aussi honneur, témoignage d’estime et de considération). Honorarium était le nom donné à la rétribution d’une charge officielle (mais il signifiait aussi honorifique). Ce mot prit aussi le sens de salaire.

En français, le mot s’emploie actuellement au pluriel pour désigner la rétribution d’une personne exerçant une profession libérale (médecin, avocat, notaire, etc.). Il s’employait autrefois au singulier. Dans son dictionnaire philosophique, Voltaire écrivit : « Pour honorer une profession au-dessus des arts mécaniques, on donne à un homme de cette profession un honoraire, au lieu de salaire et de gages qui offenseraient son amour-propre ».

Au singulier, il désigne maintenant une personne qui n’exerce plus une fonction mais qui a le droit d’en conserver le titre dans un but honorifique : président honoraire, professeur honoraire, etc.

Ce double sens (rétribution et honorifique) date du latin et se retrouve dans les langues romanes. En français, la distinction est faite par l’utilisation du singulier et du pluriel. En italien, le mot employé au singulier (onorario) a les deux sens.

#8. Syndicat

Étymologie du mot SYNDICAT (droit du travail) : syndic (français).

Le mot syndicat a d’abord désigné la fonction de syndic. Ce mot provient lui-même d’un mot grec (sundikos) qui a été repris en latin (syndicus) et qui désignait un défenseur devant la justice, ce que nous appelons aujourd’hui un avocat. En France, avant 1789, les syndics étaient les représentants élus des habitants des villes ou des paroisses rurales. Ils ont été remplacés en 1789 par les maires. En Suisse romande (canton de Fribourg et canton de Vaud), le maire porte toujours le nom de syndic, et en Italie celui de sindaco.

À la fin du Second Empire (à partir de 1867), les ouvriers ont formé des chambres syndicales plus ou moins tolérées mais le mot syndicat a reçu son sens actuel en droit du travail par la loi du 21 mars 1884 qui a consacré l’existence de ces « associations qui ont pour objet le défense des intérêts professionnels de leurs membres ».

Le terme s’est répandu avec cette acception dans les autres langues latines (sindicat en catalan, sindicado en espagnol, sindacato en italien, sindicato en portugais), en allemand (Syndikat), en grec (sundikaton), et en turc (sendica). Le mot syndicate existe en anglais mais il désigne un groupement commercial ou financier… ou une organisation criminelle. Un syndicat ouvrier s’appelle trade union.

#9. Cybernaute

Étymologie du mot cybernaute : cybernaut (anglais).

 

Le mot cybernaute a comme synonyme le mot internaute (utilisateur d’Internet).

En anglais, cybernaut résulte de la contraction des mots cyberspace et astronaut.

En français le mot naute (ou nautonier) désigne un batelier, un matelot, un navigateur.

Le cyberespace, c’est le réseau Internet considéré comme un espace virtuel (lieu imaginaire) dans lequel les internautes ou cybernautes « naviguent » et s’adonnent à des activités diverses (échanges d’informations, discussions, lèche-vitrines, achats, flânerie…). C’est un espace virtuel créé par l’interconnexion mondiale des ordinateurs et regroupant toutes les ressources d’information accessibles dans ce réseau.

Le mot cyberspace (cyberespace) est apparu en 1982 dans un roman de science-fiction de William Gibson qui l’a imaginé à partir du terme cybernetics (cybernétique).

Cybernétique est un mot d’origine grecque (κυбερνητική) utilisé dans l’Antiquité pour désigner le pilotage des navires et réutilisé au 19e siècle pour désigner le gouvernement des hommes (gouvernail et gouvernement ont la même étymologie grecque que cybernétique mais par l’intermédiaire du latin). En 1947, Norbert Wiener, mathématicien américain connu pour ses travaux sur la théorie de l’information, réinventa ce mot pour désigner la science des mécanismes régulateurs et servomécanismes.

#10. Boutique

Étymologie du mot BOUTIQUE : (ancien français)…

mais aussi, de manière indirecte, le mot grec « apothêkê » (αποθήκη), prononcé aujourd’hui « apotiki », qui désignait (et désigne toujours) un lieu de dépôt, un magasin de vivres ou d’approvisionnements, un cellier, une cave, et qui est devenu en latin « apotheca » en gardant le même sens. L’évolution des langues romanes a fait disparaître le « a » initial et a transformé la consonne sourde « p » en consonne sonore « b ». Le mot latin « apotheca » est ainsi devenu en italien « bottega » (boutique, magasin, mais aussi atelier), en occitan « botica » (mais on rencontre aussi « botiga » et « boutigo »), en espagnol « botica » (pharmacie, boutique) et « bodega » (cave, cellier), en catalan « botiga » (magasin, boutique) et « bodega » (cale d’un navire), en français ancien « boticle » puis « bouticle » et en français moderne « boutique ».

On peut retracer l’évolution suivante conduisant au mot français actuel :

« Apothêkê » (grec) est devenu « apotheca » en latin puis « botica » en provençal. Ce mot a été repris en vieux français sous les formes « boticle » puis « bouticle » et est devenu « boutique » en français moderne.

Remarquons que l’allemand a repris la forme grecque pour désigner une pharmacie (« Apotheke »).

Terminé