Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Results

#1. Salaire

Étymologie du mot SALAIRE : salarium (latin).

Le sel (sal) était très important pour les Romains, comme pour tous les autres peuples, car il était indispensable pour l’alimentation humaine, pour la conservation des aliments et pour le bétail. Sa production et sa commercialisation étaient d’ailleurs organisées par l’État pour éviter la spéculation et la pénurie. De véritables infrastructures commerciales ont été mises en place pour le sel. Le sel a d’ailleurs servi de monnaie d’échange à différentes occasions dans l’Antiquité.

Le mot salarium désignait à l’origine la ration de sel fournie aux soldats, puis il désigna l’indemnité en argent versée pour acheter le sel (salarium argentum) et les vivres, la solde elle-même avec les prestations en nature, et finalement toute forme de salaire.

Le terme est resté dans ce sens dans toutes les langues romanes : salaire en français, salario en italien, en espagnol et en portugais, salar en catalan et en occitan, salariu en roumain.

Du français, le mot est passé également en anglais (salary).

#2. Mercantile

Étymologie du mot MERCANTILE : mercantile (italien).

« Mercantile », adjectif italien signifiant commercial, marchand, a pris en français moderne un sens péjoratif qu’il n’a pas en italien (le mot italien correspondant au mot français « mercantile » est « mercantesco »).

#3. Informatique

Étymologie du mot INFORMATIQUE : information et automatique (français).

Le mot « informatique » est un néologisme créé en 1962 par Philippe Dreyfus. C’est un « mot-valise » constitué du début du mot « information » et de la fin du mot « automatique ». Philippe Dreyfus est un des pionniers de l’informatique en France. Il a enseigné cette discipline à l’Université de Harvard et a dirigé le Centre national de calcul électronique de la société Bull. Il a fondé une société d’informatique en 1962 et lui a donné comme dénomination sociale « Société d’informatique appliquée (SIA) », inventant ainsi le terme « informatique ».

On peut définir l’informatique comme la « science du traitement rationnel, notamment par machines automatiques, de l’information considérée comme le support des connaissances humaines et des communications dans les domaines technique, économique et social » (définition approuvée par l’Académie française).

Le terme s’est répandu dans de nombreuses langues : allemand (Informatik), bulgare (информатика), catalan (informàtica), espagnol (informática), finnois (informatiikka), italien (informatica), néerlandais (informatica), occitan (enformatica), portugais (informática), roumain (informaticǎ), russe (информатика), etc. On trouve en anglais le mot « informatics » qui désigne les sciences de l’information. L’informatique proprement dite est désignée, selon les domaines, par les expressions « computer science », « data processing » ou « information technology »…

#4. Finance

Étymologie du mot FINANCE : finer (ancien français).

Au XIIIe siècle, on disait « faire fin » ou « finer » (altération de finir) au sens de mener à sa fin une affaire en payant (par exemple une rançon), puis de payer. Le mot « fin » avait d’ailleurs pris également le sens de monnaie, d’argent.

Le suffixe « -ance » servant à former des substantifs d’action à partir de verbes (vengeance à partir de venger, résistance à partir de résister…), on a vu apparaître le mot « finance », action de terminer une affaire par un paiement. Ce mot fut d’abord surtout utilisé pour le maniement des revenus du Trésor royal (ce qu’on appellerait aujourd’hui « les finances publiques ») avant de s’étendre aux affaires d’argent privées.

Par l’intermédiaire du mot latin médiéval « financia », le terme est passé dans les autres langues romanes : « finanza » en italien, « financiero » (financier) en espagnol, « finanças » en portugais, « finança » en catalan et en occitan, « finanţe » en roumain.

Il s’est également répandu dans les langues germaniques : « finance » en anglais, « Finanz » en allemand, « finans » en danois et en norvégien, « financer » (finances) en suédois, « financiën » (finances) en néerlandais.

Il a été repris aussi dans les langues slaves : « финансы » en russe, « фінансы » en biélorusse, « финанси » en bulgare, « finanse » en polonais, « financuje » en tchèque, « finance » en slovaque.

#5. Thésauriser

Étymologie du mot THÉSAURISER (amasser de manière durable de la monnaie dans un coffre, chez soi ou en banque, en évitant d’investir, de prêter ou de consommer) : thesaurus (latin)… et indirectement θησαυρός (grec).

Le document le plus ancien actuellement connu et comportant le mot thésauriser date de 1350. C’est un poème religieux de Gilles Le Muisit (1272 – 1352), moine, chroniqueur et poète français. L’auteur y parle de « thresors thesauriziés ». En 1588, Montaigne écrivait encore « thesaurizer ».

Le mot est emprunté à un terme du latin tardif « thesaurizare » (utilisé dans des textes chrétiens) construit à partir du mot du latin classique « thesaurus ». Notons que « thesaurus » provient lui-même du mot grec « θησαυρός ».

#6. Trésor (public)

Étymologie du mot TRÉSOR (PUBLIC) qui désigne l’ensemble des moyens financiers dont dispose un État et l’administration publique qui en assure la gestion. : thesaurus (latin), ce mot latin étant lui-même d’origine grecque (θησαυρός).

Le mot latin thesaurus, qui désignait un trésor caché, a évolué très vite vers les formes thresor et tresor qui ont servi aussi à désigner l’ensemble de ressources financières dont dispose un souverain, les biens de celui-ci et ceux de l’État étant confondus (ce que l’on appelait en latin Fiscus qui a donné Fisc). En espagnol, en italien et en portugais, le mot est resté plus proche de sa forme latine (tesoro en espagnol et en italien, tesauro en portugais) mais il est utilisé comme en français pour désigner à la fois les trésors privés et le Trésor public. Le mot anglais treasure est d’origine française.

#7. Bogue (informatique)

Étymologie du mot BOGUE (informatique) : bug (anglais des États-Unis).

Les insectes sont les premiers bogues qui ont causé du souci aux informaticiens. Les premiers calculateurs programmables fonctionnaient avec des relais électromécaniques dans lesquels les papillons de nuit (attirés par la lumière des tubes à vide) et les mites se coinçaient ou s’électrocutaient parfois en causant des faux contacts ou des courts-circuits difficiles à détecter. Ces mésaventures sont arrivées aux circuits de commande des radars pendant la deuxième guerre mondiale, au calculateur Mark II de l’université de Harvard en 1945 et au premier vrai ordinateur, l’ENIAC, en 1946. À la suite de ces incidents, le mot anglais « bug », qui signifie « insecte » aux États-Unis, a été retenu pour désigner tout défaut de conception ou de réalisation se manifestant par des anomalies de fonctionnement.

Mais ce mot était en fait déjà utilisé auparavant, depuis 1870 au moins (Edison l’employait), pour désigner un dysfonctionnement électromécanique car c’était la marque d’un appareil télégraphique au fonctionnement délicat qui était à l’origine de nombreux problèmes.

En France, la commission de terminologie de l’informatique a proposé, en 1983, d’utiliser le mot « bogue », phonétiquement assez voisin, qui désigne l’enveloppe bardée de piquants des châtaignes. Elle préconisait de conserver le genre féminin mais l’usage en a fait un mot masculin, si bien qu’on dit maintenant une bogue pour la châtaigne et un bogue en informatique.

Le mot breton « bolc’h » (ou son cousin gaulois ?) est à l’origine du mot français « bogue » désignant l’enveloppe de la châtaigne.

Quant au mot latin « boca », il a aussi donné en français un autre mot « bogue », qui désigne un poisson de la famille des brèmes de mer (« boops boops » pour les ichtyologistes) qui n’a vraiment rien à voir avec l’informatique.

#8. Payer

Étymologie du mot PAYER (verbe) : s’acquitter par un versement de ce que l’on doit, mettre en possession de ce que l’on doit : pacare (latin).

Le mot « payer » provient de l’évolution du mot latin pacare qui signifiait pacifier (après avoir vaincu et soumis) et qui provenait lui-même du mot pax (la paix).

Le verbe latin pacare a évolué en français vers la forme paier qui avait au 11ème siècle les sens d’ « apaiser », « réconcilier » (sens qui se sont maintenus jusqu’au 15ème siècle).

Au 12ème siècle, paier a pris aussi le sens de « satisfaire en donnant de l’argent », puis « s’acquitter d’une dette » (sens actuel). Il a été utilisé également à cette époque au sens de « donner un coup » (paier un cop). Au 17ème siècle, on utilisait les deux orthographes paier et payer. L’Académie française retint payer dans la première version de son dictionnaire en 1694.

C’est aussi le verbe latin pacare qui est à l’origine des mots signifiant payer dans la plupart des autres langues romanes : pagare (italien) et pagar (catalan, castillan, occitan et portugais). Le verbe anglais to pay provient du mot français paier.

#9. Pécuniaire

Étymologie du mot PÉCUNIAIRE (adjectif) : qui concerne les ressources en argent (« ennuis pécuniaires », « gêne pécuniaire », « situation pécuniaire ») ou qui consiste en argent (« avantage pécuniaire », « aide pécuniaire », « peine pécuniaire ») : pecuniarius (latin).

Le mot « pécuniaire » provient de l’évolution du mot latin pecuniarius qui avait le même sens. Pecuniarius a été formé à partir du mot pecunia qui désignait au départ un avoir en bétail et a pris finalement le sens plus général de fortune, d’argent. Le mot pecunia provenait lui-même du mot pecus (bête, tête de bétail). Le latin a été à l’origine une langue d’agriculteurs dont le bétail constituait la richesse essentielle. On utilise en français de nombreux mots qui ont ainsi une origine agricole inattendue, par exemple dans le domaine littéraire : livre (de liber : partie vivante de l’écorce, qu’on utilisait pour écrire), volume (de volumen : rouleau de cette écorce), page (de pagina : rangée de vignes alignées puis page), caractère (de character : fer à marquer les bestiaux puis caractère), virgule (de virgula, petite branche, baguette puis signe de ponctuation), vers en poésie (de versus, sillon de labour puis ligne d’écriture), etc.

Le mot latin pecuniarius se retrouve dans toutes les langues romanes : catalan (pecuniar), corse (pecuniariu), espagnol (pecuniario), français (pécuniaire), italien (pecuniario), occitan (pecuniari), portugais (pecuniário) et roumain (pecuniar). Du français, il est passé à l’anglais (pecuniary), qui est la plus latine des langues germaniques (plus de 60% de son vocabulaire est d’origine latine).

L’adjectif pécunieux (qui a beaucoup d’argent, fortuné, riche) est d’un emploi assez rare aujourd’hui (le dictionnaire de l’Académie française est un des rares à le conserver), contrairement à son antonyme, impécunieux (qui manque d’argent, pauvre), qu’on rencontre encore fréquemment. Son étymologie latine (pecuniosus, riche en troupeaux au début, puis riche en argent ensuite) est voisine de celle de pécuniaire.

Remarques : l’adjectif pécuniaire est un mot épicène, c’est-à-dire dont la forme est la même au masculin et au féminin : « un souci pécuniaire », « une gêne pécuniaire ». L’adjectif pécunier (dont le féminin serait pécunière), qu’on rencontre parfois, n’est pas reconnu par l’Académie française et ne figure pas dans les dictionnaires.

#10. Marché

Étymologie du mot MARCHÉ : mercatus (latin).

Le mot latin mercatus (formé lui-même à partir du mot merx qui désignait la marchandise) était employé au sens de commerce, foire, marché, place de marché. Sa forme mercatum est devenue marchetum puis a évolué vers marchiet au 11ème siècle, marchet (12ème siècle) et enfin marché.

Le mot est en général resté plus proche de la forme latine dans les autres langues romanes : mercat en catalan et en occitan, mercato en italien, mercatu en corse, mercado en espagnol et en portugais.

Notons qu’en 1973 les économistes François Perroux et Jean Fourastié, membres de la première commission ministérielle de terminologie économique et financière, créée à l’initiative de Georges Pompidou et présidée par Valéry Giscard d’Estaing, ont inventé le néologisme mercatique construit à partir du mot latin mercatus.

Quant au mot francique marka (poids, monnaie), il est devenu en français marc (avec le même sens), mot qu’on utilise encore dans l’expression « au marc le franc ». En allemand, il est devenu mark (l’ancienne monnaie allemande).

Le mot francique markôn (marcher, piétiner) est devenu en français marcher.

Le dieu Mercure s’est contenté de donner en français son nom aux mercuriales (listes des prix des denrées sur un marché public) et à un jour de la semaine (mercredi, jour de Mercure). Le métal du même nom doit son appellation à la planète Mercure (dont le nom provient, il est vrai, de celui du dieu).

Terminé