Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Results

#1. Salaire

Étymologie du mot SALAIRE : salarium (latin).

Le sel (sal) était très important pour les Romains, comme pour tous les autres peuples, car il était indispensable pour l’alimentation humaine, pour la conservation des aliments et pour le bétail. Sa production et sa commercialisation étaient d’ailleurs organisées par l’État pour éviter la spéculation et la pénurie. De véritables infrastructures commerciales ont été mises en place pour le sel. Le sel a d’ailleurs servi de monnaie d’échange à différentes occasions dans l’Antiquité.

Le mot salarium désignait à l’origine la ration de sel fournie aux soldats, puis il désigna l’indemnité en argent versée pour acheter le sel (salarium argentum) et les vivres, la solde elle-même avec les prestations en nature, et finalement toute forme de salaire.

Le terme est resté dans ce sens dans toutes les langues romanes : salaire en français, salario en italien, en espagnol et en portugais, salar en catalan et en occitan, salariu en roumain.

Du français, le mot est passé également en anglais (salary).

#2. Espèces

Étymologie du mot ESPÈCES : species (bas latin).

Le mot latin « species » signifiait essentiellement à l’origine «  aspect », « apparence ». Le mot « espèce », qui est sa forme actuelle en français, a conservé un sens voisin dans le vocabulaire religieux et philosophique. Dans la langue courante et dans la langue scientifique, il désigne plutôt une catégorie.

En bas latin (latin du Moyen-Âge), le mot a pris le sens de « denrée » et a donné au 12ème siècle le mot « espice », devenu ensuite « épice », pour désigner les aromates, produits exotiques et précieux utilisés pour assaisonner les mets. Il en résulte les mots actuels « épices », « épicer », « épicier » et « épicerie ».

Mais le mot « species » devenu « espèces » a pris aussi un sens financier et a été utilisé (au pluriel, à partir du 16ème siècle) pour désigner d’abord la monnaie métallique puis, plus récemment, toute monnaie ayant cours légal (billets et pièces divisionnaires), par opposition aux chèques, aux titres et aux paiement en nature. Payer « en espèces », c’est payer en numéraire, en argent liquide.

#3. Payer

Étymologie du mot PAYER (verbe) : s’acquitter par un versement de ce que l’on doit, mettre en possession de ce que l’on doit : pacare (latin).

Le mot « payer » provient de l’évolution du mot latin pacare qui signifiait pacifier (après avoir vaincu et soumis) et qui provenait lui-même du mot pax (la paix).

Le verbe latin pacare a évolué en français vers la forme paier qui avait au 11ème siècle les sens d’ « apaiser », « réconcilier » (sens qui se sont maintenus jusqu’au 15ème siècle).

Au 12ème siècle, paier a pris aussi le sens de « satisfaire en donnant de l’argent », puis « s’acquitter d’une dette » (sens actuel). Il a été utilisé également à cette époque au sens de « donner un coup » (paier un cop). Au 17ème siècle, on utilisait les deux orthographes paier et payer. L’Académie française retint payer dans la première version de son dictionnaire en 1694.

C’est aussi le verbe latin pacare qui est à l’origine des mots signifiant payer dans la plupart des autres langues romanes : pagare (italien) et pagar (catalan, castillan, occitan et portugais). Le verbe anglais to pay provient du mot français paier.

#4. Tourisme

Étymologie du mot TOURISME : tourism (anglais) qui a lui-même pour étymologie le mot français « tour ».

Le mot « touriste » est apparu en français en 1818 pour nommer les voyageurs anglais qui s’intitulaient eux-mêmes tourists. Le mot anglais tourism n’a été francisé en « tourisme » qu’en 1841 car il avait précédemment une connotation péjorative (les Anglais lui préféraient touring).

Mais ces mots ont été construits à partir du mot anglais tour (voyage, excursion) qui est un mot d’origine française. Le mot « tour » désigne d’ailleurs toujours en français un voyage dans lequel on revient au point de départ : on dit « faire un tour », « faire le tour du monde », etc.

#5. Fiduciaire

Étymologie du mot FIDUCIAIRE (économie : adjectif utilisé pour désigner une monnaie dont la valeur nominale est très supérieure à la valeur intrinsèque, le papier-monnaie, c’est-à-dire les billets de banque, par exemple) : fiduciarius (latin).

Le mot « fiduciarius » signifiait « confié comme un dépôt provisoire à une personne de confiance » (la confiance se disait « fides » en latin). Il s’agissait notamment d’une pratique du droit romain consistant pour une personne (le disposant) à transmettre un bien à un personne de confiance en la chargeant de le remettre à un tiers à une époque fixée (généralement au décès du disposant).

Lorsque la monnaie de papier est apparue, les particuliers ont apporté à la banque des monnaies d’or et d’argent et reçu en contrepartie des billets de banque remboursables sur demande en métal monétaire. Il s’agissait donc d’un dépôt provisoire basé sur la confiance, ce qui explique le choix du terme monnaie fiduciaire.

Le remboursement en métal monétaire a assez vite été rendu impossible par les excès d’émission de billets de banque. La monnaie de papier est devenue du « papier-monnaie » inconvertible en or ou en argent. La confiance en la valeur de cette monnaie fiduciaire a été soutenue ultérieurement par l’établissement d’un cours légal, c’est-à-dire imposé par la loi : tous les agents économiques sont obligés d’accepter la monnaie à la valeur faciale et il n’y a donc pas de risque à l’accepter en paiement.

#6. Brouillard (comptabilité)

Étymologie du mot BROUILLARD : brouiller, mot qui a lui-même pour étymologie le mot du latin tardif brodiculare.

Le « brouillard » est effectivement un « brouillon » et ces mots ont la même origine, le mot « brouiller » qui signifiait aussi griffonner. Au 15e siècle, on parlait déjà de « papier brouillas » ou « papier brouillars » devenu au 17e siècle le « brouillard, livre où le marchand écrit tous les jours, et où il raye et efface ce qu’il lui plait » (selon le « Dictionnaire françois contenant les mots et les choses » de Pierre Richelet dont la première édition a été publiée à Genève en 1680). Le « brouillard » s’appelait aussi « brouillon » ou « main courante ».

Le mot « brouillard » n’est plus guère utilisé en comptabilité à l’ère de l’informatique. On le rencontre encore dans certains petits logiciels de comptabilité mais les grands logiciels l’on banni de leur vocabulaire car il est jugé peu valorisant. Si le nom a disparu, la fonction de pré-enregistrement demeure toutefois sous d’autres appellations car elle est nécessaire pour permettre de corriger les erreurs d’imputation avant de passer les écritures définitives. On peut regretter cet abandon d’un terme auquel on ne peut reprocher que son homonymie avec un phénomène atmosphérique entraînant une faible visibilité !

Son synonyme « main courante » continue en revanche à être utilisé en comptabilité hôtelière.

#7. Douane

Étymologie du mot DOUANE : dīwān (persan et arabe) par l’intermédiaire du latin médiéval doana.

Le mot persan dīwān désignait un registre, un recueil de poésies (le mot « divan » est encore utilisé parfois en français pour désigner un recueil de poésies orientales). Il a été repris en arabe, sous la dynastie des Abbassides, pour nommer les secrétaires du calife (ils constituaient une sorte de gouvernement), puis en turc, par les sultans ottomans, comme appellation de leur conseil et de la salle de réunion de ce conseil. Le Divan était le gouvernement de l’empire ottoman.

La salle de réunion du Divan (appelée elle-même Divan) comportait des banquettes et des sièges bas garnis de coussins et le mot a été repris en français pour désigner un siège bas et allongé, sans dossier ni bras, garni de coussins.

Comme nom commun, le mot dīwān s’appliquait à un conseil de notables ou à un bureau administratif. C’est ce dernier sens qui est passé en latin médiéval (doana) pour désigner un bureau de douane. On le rencontre dans cette acception en français médiéval dès la fin du 13ème siècle sous les formes dohanne ou doane qui ont évolué vers la forme moderne « douane ».

#8. Rémunération

Étymologie du mot RÉMUNÉRATION : muneratio (latin).

Le mot latin « Muneratio » signifiait largesse, cadeau. Rémunération avait autrefois le sens de récompense.

#9. Banque

Étymologie du mot BANQUE : banca (ancien italien)…

mais aussi, de manière indirecte, « bank » (germanique).

Le mot banca désignait le banc (banco en italien actuel) puis la table ou le comptoir des négociants et changeurs italiens qui vinrent exercer leur activité en France. Lorsqu’un négociant était en faillite, sa banca était rompue (« banca rotta » a donné banqueroute).

L’ancien français connaissait le mot « banc », d’origine germanique, pour lequel il existait aussi le féminin « banque » (le mot est féminin en allemand). Il s’est produit un mélange entre les deux mots et l’orthographe actuelle en conserve des traces : banque, banquier, banqueroute… et bancable, bancaire…

#10. Mercantile

Étymologie du mot MERCANTILE : mercantile (italien).

« Mercantile », adjectif italien signifiant commercial, marchand, a pris en français moderne un sens péjoratif qu’il n’a pas en italien (le mot italien correspondant au mot français « mercantile » est « mercantesco »).

Terminé