Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Results

#1. Travail

Étymologie du mot TRAVAIL : tripalium (latin populaire).

Le mot latin populaire « tripalium » désignait un instrument d’immobilisation (et éventuellement de torture) à trois pieux. On appelle encore « travail » un appareil servant à immobiliser les chevaux rétifs pour les ferrer ou les soigner. Le  mot « travail » désignait autrefois l’état d’une personne qui souffre (ce sens est toujours utilisé en obstétrique). Il a été étendu ensuite aux occupations nécessitant des efforts pénibles, celles des « hommes de peine », puis à toutes les activités de production.

#2. Prix

Étymologie du mot PRIX : pretium (latin).

Le mot français « prix » vient du mot latin « pretium » qui avait la même acception de « valeur d’une chose » ou « prix ». Il signifiait aussi « salaire », « récompense », « argent ». Le verbe latin correspondant, « pretiare », est devenu en français « priser » (estimer, évaluer, mettre un prix à), qu’on retrouve dans les expressions : priser un ouvrage, marchandise très prisée, prisée d’un inventaire de succession, commissaire-priseur, mépriser, mépris.

Ce verbe ne doit pas être confondu avec son homonyme utilisé dans l’expression « priser du tabac ». Celui-ci a été formé à partir du mot « prise », substantif correspondant au verbe « prendre ».

#3. Ordinateur

Étymologie du mot ORDINATEUR : ordinateur (ancien français)…

mais si ordinateur a bien pour étymologie le mot ordinateur de l’ancien français, celui-ci provient lui-même de l’évolution du mot latin ordinator. Ordinateur avait autrefois le sens d’ordonnateur, personne qui dispose, qui règle selon un ordre. Dans l’Église catholique, il avait aussi le sens d’ordinant, celui qui confère un ordre ecclésiastique.

En 1954, la société IBM France voulait trouver un nom français pour sa nouvelle machine électronique destinées au traitement de l’information (IBM 650), en évitant d’utiliser la traduction littérale du mot anglais « computer » (« calculateur » ou « calculatrice »), qui était à cette époque plutôt réservé aux machines scientifiques. Aux États-Unis, les nouvelles machines de traitement automatique de l’information (capables de faire aussi du traitement de texte, du dessin, etc.) étaient appelées « electronic data processing systems » (EDPS) ou « data processing machines ».

Un cadre de la société conseilla de consulter un de ses anciens professeurs, Jacques Perret, titulaire de la chaire de philologie latine à la Sorbonne. Le professeur Perret répondit par une lettre du 16 avril 1955, dont la lecture donne un exemple intéressant de recherche terminologique :

Que diriez vous d' »ordinateur » ? C’est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde. Un mot de ce genre a l’avantage de donner aisément un verbe, « ordiner », un nom d’action, « ordination ». L’inconvénient est que « ordination » désigne une cérémonie religieuse ; mais les deux champs de signification (religion et comptabilité) sont si éloignés et la cérémonie d’ordination connue, je crois, de si peu de personnes que l’inconvénient est peut-être mineur. D’ailleurs votre machine serait « ordinateur » (et non ordination) et ce mot est tout a fait sorti de l’usage théologique.

« Systémateur » serait un néologisme, mais qui ne me paraît pas offensant ; il permet « systémation » ; mais « systémer » ne me semble guère utilisable.

« Combinateur » a l’inconvénient du sens péjoratif de « combine » ; « combiner » est usuel, donc peu capable de devenir technique ; « combination » ne me paraît guère viable à cause de la proximité de « combinaison ». Mais les Allemands ont bien leurs « combinats » (sorte de trusts, je crois), si bien que le mot aurait peut-être des possibilités autres que celles qu’évoque « combine ».

« Congesteur », « digesteur » évoquent trop « congestion » et « digestion »

« Synthétiseur » ne me paraît pas un mot assez neuf pour designer un objet spécifique, déterminé comme votre machine.

En relisant les brochures que vous m’avez données, je vois que plusieurs de vos appareils sont désignés par des noms d’agents féminins (trieuse, tabulatrice). « Ordinatrice » serait parfaitement possible et aurait même l’avantage de séparer plus encore votre machine du vocabulaire de la théologie.

Il y a possibilité aussi d’ajouter à un nom d’agent un complément :

« ordinatrice d’éléments complexes » ou un élément de composition, par ex. « sélecto-systémateur ». « Sélecto-ordinateur » a l’inconvénient de deux « o » en hiatus, comme « électro-ordinatrice ».

Il me semble que je pencherais pour « ordinatrice électronique »…

IBM France retint le mot ordinateur et chercha au début à protéger ce nom comme une marque. Mais le mot fut facilement et rapidement adopté par les utilisateurs et IBM France décida au bout de quelques mois de le laisser dans le domaine public.

On peut certes épiloguer sur le choix du terme : un ordinateur met-il vraiment en ordre ce qu’on lui confie ? De ce point de vue, ce choix n’est pas plus critiquable que celui du mot « computer », finalement retenu en anglais (un ordinateur n’est pas seulement une machine à calculer). L’avantage du mot ordinateur est que son sens ancien et son sens religieux ne sont pas connus par la plupart des utilisateurs et qu’il est donc sans ambiguïté pour eux.

Le mot a d’ailleurs été transposé en espagnol (ordenador) et en catalan (ordinador). Les autres langues romanes ont choisi de construire un néologisme à partir des mots latins calculator et computator : computadora en espagnol d’Amérique latine, calcolatore en italien, computador en portugais et calculator en roumain.

#4. Solde

Étymologie du mot SOLDE (différence entre le crédit et le débit d’un compte) : solidare (latin).

L’étymologie la plus sûre, et la plus lointaine, est le verbe latin solidare (consolider). Solder un compte, c’est le clôturer en établissant et en virant son solde, éventuellement en effectuant un règlement qui consolide, raffermit la situation du débiteur et celle du créancier. Solidare, devenu soldare en bas latin, a d’ailleurs fini par signifier aussi payer. Solidus, devenu sou en français, désignait une pièce d’or.

Les mots solde et solder sont peut-être parvenus en français moderne par l’intermédiaire des mots italiens saldo et saldare, qui ont le même sens et la même étymologie latine. C’est l’étymologie que retiennent beaucoup de dictionnaires. Ce n’est pas sûr car on trouve les mots solder (au sens de consolider) et soldre (au sens de payer) en ancien français dès le 12e siècle.

Il ne faut pas confondre ce mot solde, qui est masculin, avec son homonyme solde, qui est féminin et qui désigne la rémunération versée aux militaires. Ce dernier a pour étymologie le mot sou (solidus en latin, solt en ancien français, soldo en italien).

Depuis le 19e siècle, on utilise aussi le mot solde, masculin, pour désigner des marchandises mises en vente avec un rabais important. Il arrive fréquemment que le mot soit dans ce cas abusivement employé au féminin.

#5. Marché

Étymologie du mot MARCHÉ : mercatus (latin).

Le mot latin mercatus (formé lui-même à partir du mot merx qui désignait la marchandise) était employé au sens de commerce, foire, marché, place de marché. Sa forme mercatum est devenue marchetum puis a évolué vers marchiet au 11ème siècle, marchet (12ème siècle) et enfin marché.

Le mot est en général resté plus proche de la forme latine dans les autres langues romanes : mercat en catalan et en occitan, mercato en italien, mercatu en corse, mercado en espagnol et en portugais.

Notons qu’en 1973 les économistes François Perroux et Jean Fourastié, membres de la première commission ministérielle de terminologie économique et financière, créée à l’initiative de Georges Pompidou et présidée par Valéry Giscard d’Estaing, ont inventé le néologisme mercatique construit à partir du mot latin mercatus.

Quant au mot francique marka (poids, monnaie), il est devenu en français marc (avec le même sens), mot qu’on utilise encore dans l’expression « au marc le franc ». En allemand, il est devenu mark (l’ancienne monnaie allemande).

Le mot francique markôn (marcher, piétiner) est devenu en français marcher.

Le dieu Mercure s’est contenté de donner en français son nom aux mercuriales (listes des prix des denrées sur un marché public) et à un jour de la semaine (mercredi, jour de Mercure). Le métal du même nom doit son appellation à la planète Mercure (dont le nom provient, il est vrai, de celui du dieu).

#6. Bogue (informatique)

Étymologie du mot BOGUE (informatique) : bug (anglais des États-Unis).

Les insectes sont les premiers bogues qui ont causé du souci aux informaticiens. Les premiers calculateurs programmables fonctionnaient avec des relais électromécaniques dans lesquels les papillons de nuit (attirés par la lumière des tubes à vide) et les mites se coinçaient ou s’électrocutaient parfois en causant des faux contacts ou des courts-circuits difficiles à détecter. Ces mésaventures sont arrivées aux circuits de commande des radars pendant la deuxième guerre mondiale, au calculateur Mark II de l’université de Harvard en 1945 et au premier vrai ordinateur, l’ENIAC, en 1946. À la suite de ces incidents, le mot anglais « bug », qui signifie « insecte » aux États-Unis, a été retenu pour désigner tout défaut de conception ou de réalisation se manifestant par des anomalies de fonctionnement.

Mais ce mot était en fait déjà utilisé auparavant, depuis 1870 au moins (Edison l’employait), pour désigner un dysfonctionnement électromécanique car c’était la marque d’un appareil télégraphique au fonctionnement délicat qui était à l’origine de nombreux problèmes.

En France, la commission de terminologie de l’informatique a proposé, en 1983, d’utiliser le mot « bogue », phonétiquement assez voisin, qui désigne l’enveloppe bardée de piquants des châtaignes. Elle préconisait de conserver le genre féminin mais l’usage en a fait un mot masculin, si bien qu’on dit maintenant une bogue pour la châtaigne et un bogue en informatique.

Le mot breton « bolc’h » (ou son cousin gaulois ?) est à l’origine du mot français « bogue » désignant l’enveloppe de la châtaigne.

Quant au mot latin « boca », il a aussi donné en français un autre mot « bogue », qui désigne un poisson de la famille des brèmes de mer (« boops boops » pour les ichtyologistes) qui n’a vraiment rien à voir avec l’informatique.

#7. Pécuniaire

Étymologie du mot PÉCUNIAIRE (adjectif) : qui concerne les ressources en argent (« ennuis pécuniaires », « gêne pécuniaire », « situation pécuniaire ») ou qui consiste en argent (« avantage pécuniaire », « aide pécuniaire », « peine pécuniaire ») : pecuniarius (latin).

Le mot « pécuniaire » provient de l’évolution du mot latin pecuniarius qui avait le même sens. Pecuniarius a été formé à partir du mot pecunia qui désignait au départ un avoir en bétail et a pris finalement le sens plus général de fortune, d’argent. Le mot pecunia provenait lui-même du mot pecus (bête, tête de bétail). Le latin a été à l’origine une langue d’agriculteurs dont le bétail constituait la richesse essentielle. On utilise en français de nombreux mots qui ont ainsi une origine agricole inattendue, par exemple dans le domaine littéraire : livre (de liber : partie vivante de l’écorce, qu’on utilisait pour écrire), volume (de volumen : rouleau de cette écorce), page (de pagina : rangée de vignes alignées puis page), caractère (de character : fer à marquer les bestiaux puis caractère), virgule (de virgula, petite branche, baguette puis signe de ponctuation), vers en poésie (de versus, sillon de labour puis ligne d’écriture), etc.

Le mot latin pecuniarius se retrouve dans toutes les langues romanes : catalan (pecuniar), corse (pecuniariu), espagnol (pecuniario), français (pécuniaire), italien (pecuniario), occitan (pecuniari), portugais (pecuniário) et roumain (pecuniar). Du français, il est passé à l’anglais (pecuniary), qui est la plus latine des langues germaniques (plus de 60% de son vocabulaire est d’origine latine).

L’adjectif pécunieux (qui a beaucoup d’argent, fortuné, riche) est d’un emploi assez rare aujourd’hui (le dictionnaire de l’Académie française est un des rares à le conserver), contrairement à son antonyme, impécunieux (qui manque d’argent, pauvre), qu’on rencontre encore fréquemment. Son étymologie latine (pecuniosus, riche en troupeaux au début, puis riche en argent ensuite) est voisine de celle de pécuniaire.

Remarques : l’adjectif pécuniaire est un mot épicène, c’est-à-dire dont la forme est la même au masculin et au féminin : « un souci pécuniaire », « une gêne pécuniaire ». L’adjectif pécunier (dont le féminin serait pécunière), qu’on rencontre parfois, n’est pas reconnu par l’Académie française et ne figure pas dans les dictionnaires.

#8. Monnaie

Étymologie du mot MONNAIE : moneta (latin).

La déesse Junon était surnommée l’Avertisseuse (Moneta) car elle aurait averti les Romains d’un tremblement de terre. Le temple de Junon Moneta servait d’atelier pour la frappe des monnaies.

#9. Marchand

Étymologie du mot MARCHAND (nom et adjectif) : commerçant chez qui l’on achète des marchandises qu’il fait profession de vendre ; relatif au commerce, à la vente sur un marché (« service marchand », « site marchand », « marine marchande ») : mercatus et mercator (latin).

Les mots mercatus (marché) et mercator (marchand) ont conduit à la création en latin tardif d’un verbe nouveau mercatare (commercer, vendre) dont le participe présent mercatans a pris le sens de marchand.

On retrouve dans des textes français anciens l’évolution de ce mot vers la forme actuelle :

mercatantem (accusatif de mercatans)

marchedant (980)

marchaant (1050)

marcheand (1155)

marchant (1293)

marchand (1462)

L’occitan a un mot voisin (mercand). Les autres langues romanes utilisent en général des mots différents mais qu’on retrouve aussi sous des formes voisines en français : comerciant (catalan et roumain), comerciante (espagnol), commerciante (italien), negociante (portugais). Mais on rencontre aussi en italien les noms mercante et mercatante, en espagnol l’adjectif mercante et en catalan le nom mercant. Du français, le mot est également passé à l’anglais (merchant).

#10. Honoraires

Étymologie du mot honoraires : honorarium (latin).

Le mot honor désignait en latin une charge officielle, une magistrature (mais il signifiait aussi honneur, témoignage d’estime et de considération). Honorarium était le nom donné à la rétribution d’une charge officielle (mais il signifiait aussi honorifique). Ce mot prit aussi le sens de salaire.

En français, le mot s’emploie actuellement au pluriel pour désigner la rétribution d’une personne exerçant une profession libérale (médecin, avocat, notaire, etc.). Il s’employait autrefois au singulier. Dans son dictionnaire philosophique, Voltaire écrivit : « Pour honorer une profession au-dessus des arts mécaniques, on donne à un homme de cette profession un honoraire, au lieu de salaire et de gages qui offenseraient son amour-propre ».

Au singulier, il désigne maintenant une personne qui n’exerce plus une fonction mais qui a le droit d’en conserver le titre dans un but honorifique : président honoraire, professeur honoraire, etc.

Ce double sens (rétribution et honorifique) date du latin et se retrouve dans les langues romanes. En français, la distinction est faite par l’utilisation du singulier et du pluriel. En italien, le mot employé au singulier (onorario) a les deux sens.

Terminé