Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Résultats

#1 Boutique

Étymologie du mot BOUTIQUE : (ancien français)…

mais aussi, de manière indirecte, le mot grec « apothêkê » (αποθήκη), prononcé aujourd’hui « apotiki », qui désignait (et désigne toujours) un lieu de dépôt, un magasin de vivres ou d’approvisionnements, un cellier, une cave, et qui est devenu en latin « apotheca » en gardant le même sens. L’évolution des langues romanes a fait disparaître le « a » initial et a transformé la consonne sourde « p » en consonne sonore « b ». Le mot latin « apotheca » est ainsi devenu en italien « bottega » (boutique, magasin, mais aussi atelier), en occitan « botica » (mais on rencontre aussi « botiga » et « boutigo »), en espagnol « botica » (pharmacie, boutique) et « bodega » (cave, cellier), en catalan « botiga » (magasin, boutique) et « bodega » (cale d’un navire), en français ancien « boticle » puis « bouticle » et en français moderne « boutique ».

On peut retracer l’évolution suivante conduisant au mot français actuel :

« Apothêkê » (grec) est devenu « apotheca » en latin puis « botica » en provençal. Ce mot a été repris en vieux français sous les formes « boticle » puis « bouticle » et est devenu « boutique » en français moderne.

Remarquons que l’allemand a repris la forme grecque pour désigner une pharmacie (« Apotheke »).

#2 Fiduciaire

Étymologie du mot FIDUCIAIRE (économie : adjectif utilisé pour désigner une monnaie dont la valeur nominale est très supérieure à la valeur intrinsèque, le papier-monnaie, c’est-à-dire les billets de banque, par exemple) : fiduciarius (latin).

Le mot « fiduciarius » signifiait « confié comme un dépôt provisoire à une personne de confiance » (la confiance se disait « fides » en latin). Il s’agissait notamment d’une pratique du droit romain consistant pour une personne (le disposant) à transmettre un bien à un personne de confiance en la chargeant de le remettre à un tiers à une époque fixée (généralement au décès du disposant).

Lorsque la monnaie de papier est apparue, les particuliers ont apporté à la banque des monnaies d’or et d’argent et reçu en contrepartie des billets de banque remboursables sur demande en métal monétaire. Il s’agissait donc d’un dépôt provisoire basé sur la confiance, ce qui explique le choix du terme monnaie fiduciaire.

Le remboursement en métal monétaire a assez vite été rendu impossible par les excès d’émission de billets de banque. La monnaie de papier est devenue du « papier-monnaie » inconvertible en or ou en argent. La confiance en la valeur de cette monnaie fiduciaire a été soutenue ultérieurement par l’établissement d’un cours légal, c’est-à-dire imposé par la loi : tous les agents économiques sont obligés d’accepter la monnaie à la valeur faciale et il n’y a donc pas de risque à l’accepter en paiement.

#3 Trésor (public)

Étymologie du mot TRÉSOR (PUBLIC) qui désigne l’ensemble des moyens financiers dont dispose un État et l’administration publique qui en assure la gestion. : thesaurus (latin), ce mot latin étant lui-même d’origine grecque (θησαυρός).

Le mot latin thesaurus, qui désignait un trésor caché, a évolué très vite vers les formes thresor et tresor qui ont servi aussi à désigner l’ensemble de ressources financières dont dispose un souverain, les biens de celui-ci et ceux de l’État étant confondus (ce que l’on appelait en latin Fiscus qui a donné Fisc). En espagnol, en italien et en portugais, le mot est resté plus proche de sa forme latine (tesoro en espagnol et en italien, tesauro en portugais) mais il est utilisé comme en français pour désigner à la fois les trésors privés et le Trésor public. Le mot anglais treasure est d’origine française.

#4 Honoraires

Étymologie du mot honoraires : honorarium (latin).

Le mot honor désignait en latin une charge officielle, une magistrature (mais il signifiait aussi honneur, témoignage d’estime et de considération). Honorarium était le nom donné à la rétribution d’une charge officielle (mais il signifiait aussi honorifique). Ce mot prit aussi le sens de salaire.

En français, le mot s’emploie actuellement au pluriel pour désigner la rétribution d’une personne exerçant une profession libérale (médecin, avocat, notaire, etc.). Il s’employait autrefois au singulier. Dans son dictionnaire philosophique, Voltaire écrivit : « Pour honorer une profession au-dessus des arts mécaniques, on donne à un homme de cette profession un honoraire, au lieu de salaire et de gages qui offenseraient son amour-propre ».

Au singulier, il désigne maintenant une personne qui n’exerce plus une fonction mais qui a le droit d’en conserver le titre dans un but honorifique : président honoraire, professeur honoraire, etc.

Ce double sens (rétribution et honorifique) date du latin et se retrouve dans les langues romanes. En français, la distinction est faite par l’utilisation du singulier et du pluriel. En italien, le mot employé au singulier (onorario) a les deux sens.

#5 Magasin

Étymologie du mot MAGASIN : makhâzin (mais les autres réponses sont partiellement vraies).

Le mot « magasin » a d’abord désigné en français un lieu de dépôt pour des marchandises destinées à être conservées avant d’être utilisées ou vendues. Il a pris au XVIIIe siècle le sens d’établissement de commerce où l’on conserve et expose des marchandises en vue de les vendre, supplantant au XIXe siècle le mot boutique, surtout lorsque l’établissement est important.

Le mot « magasin » provient du mot arabe makhâzin, pluriel de makhzin, qui signifie entrepôt ou bureau. Il est parvenu en français par l’intermédiaire du latin médiéval (magazenum), de l’italien (magazzino) et vraisemblablement du provençal.

Le mot est également passé de l’italien à l’anglais sous la forme magazine. Il y a pris les acceptions (que le mot magasin a également en français) de dépôt d’armes et de munitions, de chargeur d’une arme à feu ou d’une caméra et de panier d’un projecteur de diapositives. Il y désigne aussi une publication. Dans ce dernier sens, il est revenu en France, d’abord sous la forme française magasin (le « Nouveau magasin français », le « Magasin pittoresque », le « Magasin encyclopédique » sont d’anciens titres de périodiques) puis sous la forme anglaise magazine.

#6 Rémunération

Étymologie du mot RÉMUNÉRATION : muneratio (latin).

Le mot latin « Muneratio » signifiait largesse, cadeau. Rémunération avait autrefois le sens de récompense.

#7 Prix

Étymologie du mot PRIX : pretium (latin).

Le mot français « prix » vient du mot latin « pretium » qui avait la même acception de « valeur d’une chose » ou « prix ». Il signifiait aussi « salaire », « récompense », « argent ». Le verbe latin correspondant, « pretiare », est devenu en français « priser » (estimer, évaluer, mettre un prix à), qu’on retrouve dans les expressions : priser un ouvrage, marchandise très prisée, prisée d’un inventaire de succession, commissaire-priseur, mépriser, mépris.

Ce verbe ne doit pas être confondu avec son homonyme utilisé dans l’expression « priser du tabac ». Celui-ci a été formé à partir du mot « prise », substantif correspondant au verbe « prendre ».

#8 Banque

Étymologie du mot BANQUE : banca (ancien italien)…

mais aussi, de manière indirecte, « bank » (germanique).

Le mot banca désignait le banc (banco en italien actuel) puis la table ou le comptoir des négociants et changeurs italiens qui vinrent exercer leur activité en France. Lorsqu’un négociant était en faillite, sa banca était rompue (« banca rotta » a donné banqueroute).

L’ancien français connaissait le mot « banc », d’origine germanique, pour lequel il existait aussi le féminin « banque » (le mot est féminin en allemand). Il s’est produit un mélange entre les deux mots et l’orthographe actuelle en conserve des traces : banque, banquier, banqueroute… et bancable, bancaire…

#9 Syndicat

Étymologie du mot SYNDICAT (droit du travail) : syndic (français).

Le mot syndicat a d’abord désigné la fonction de syndic. Ce mot provient lui-même d’un mot grec (sundikos) qui a été repris en latin (syndicus) et qui désignait un défenseur devant la justice, ce que nous appelons aujourd’hui un avocat. En France, avant 1789, les syndics étaient les représentants élus des habitants des villes ou des paroisses rurales. Ils ont été remplacés en 1789 par les maires. En Suisse romande (canton de Fribourg et canton de Vaud), le maire porte toujours le nom de syndic, et en Italie celui de sindaco.

À la fin du Second Empire (à partir de 1867), les ouvriers ont formé des chambres syndicales plus ou moins tolérées mais le mot syndicat a reçu son sens actuel en droit du travail par la loi du 21 mars 1884 qui a consacré l’existence de ces « associations qui ont pour objet le défense des intérêts professionnels de leurs membres ».

Le terme s’est répandu avec cette acception dans les autres langues latines (sindicat en catalan, sindicado en espagnol, sindacato en italien, sindicato en portugais), en allemand (Syndikat), en grec (sundikaton), et en turc (sendica). Le mot syndicate existe en anglais mais il désigne un groupement commercial ou financier… ou une organisation criminelle. Un syndicat ouvrier s’appelle trade union.

#10 Brouillard (comptabilité)

Étymologie du mot BROUILLARD : brouiller, mot qui a lui-même pour étymologie le mot du latin tardif brodiculare.

Le « brouillard » est effectivement un « brouillon » et ces mots ont la même origine, le mot « brouiller » qui signifiait aussi griffonner. Au 15e siècle, on parlait déjà de « papier brouillas » ou « papier brouillars » devenu au 17e siècle le « brouillard, livre où le marchand écrit tous les jours, et où il raye et efface ce qu’il lui plait » (selon le « Dictionnaire françois contenant les mots et les choses » de Pierre Richelet dont la première édition a été publiée à Genève en 1680). Le « brouillard » s’appelait aussi « brouillon » ou « main courante ».

Le mot « brouillard » n’est plus guère utilisé en comptabilité à l’ère de l’informatique. On le rencontre encore dans certains petits logiciels de comptabilité mais les grands logiciels l’on banni de leur vocabulaire car il est jugé peu valorisant. Si le nom a disparu, la fonction de pré-enregistrement demeure toutefois sous d’autres appellations car elle est nécessaire pour permettre de corriger les erreurs d’imputation avant de passer les écritures définitives. On peut regretter cet abandon d’un terme auquel on ne peut reprocher que son homonymie avec un phénomène atmosphérique entraînant une faible visibilité !

Son synonyme « main courante » continue en revanche à être utilisé en comptabilité hôtelière.

Terminé