Exercices étymologiques des sujets du mot d’or

Certains sujets du Mot d’Or comprenaient un exercice étymologique. Les candidats devaient choisir, en mettant une croix dans la case correspondante, l’origine étymologique qui leur semblait être la bonne pour deux ou plusieurs mots du français des affaires.

Vous pouvez vous tester sur quelques uns de ces exercices.

Auteur : Jean Marc CHEVROT.

Results

#1. Syndicat

Étymologie du mot SYNDICAT (droit du travail) : syndic (français).

Le mot syndicat a d’abord désigné la fonction de syndic. Ce mot provient lui-même d’un mot grec (sundikos) qui a été repris en latin (syndicus) et qui désignait un défenseur devant la justice, ce que nous appelons aujourd’hui un avocat. En France, avant 1789, les syndics étaient les représentants élus des habitants des villes ou des paroisses rurales. Ils ont été remplacés en 1789 par les maires. En Suisse romande (canton de Fribourg et canton de Vaud), le maire porte toujours le nom de syndic, et en Italie celui de sindaco.

À la fin du Second Empire (à partir de 1867), les ouvriers ont formé des chambres syndicales plus ou moins tolérées mais le mot syndicat a reçu son sens actuel en droit du travail par la loi du 21 mars 1884 qui a consacré l’existence de ces « associations qui ont pour objet le défense des intérêts professionnels de leurs membres ».

Le terme s’est répandu avec cette acception dans les autres langues latines (sindicat en catalan, sindicado en espagnol, sindacato en italien, sindicato en portugais), en allemand (Syndikat), en grec (sundikaton), et en turc (sendica). Le mot syndicate existe en anglais mais il désigne un groupement commercial ou financier… ou une organisation criminelle. Un syndicat ouvrier s’appelle trade union.

#2. Banque

Étymologie du mot BANQUE : banca (ancien italien)…

mais aussi, de manière indirecte, « bank » (germanique).

Le mot banca désignait le banc (banco en italien actuel) puis la table ou le comptoir des négociants et changeurs italiens qui vinrent exercer leur activité en France. Lorsqu’un négociant était en faillite, sa banca était rompue (« banca rotta » a donné banqueroute).

L’ancien français connaissait le mot « banc », d’origine germanique, pour lequel il existait aussi le féminin « banque » (le mot est féminin en allemand). Il s’est produit un mélange entre les deux mots et l’orthographe actuelle en conserve des traces : banque, banquier, banqueroute… et bancable, bancaire…

#3. Douane

Étymologie du mot DOUANE : dīwān (persan et arabe) par l’intermédiaire du latin médiéval doana.

Le mot persan dīwān désignait un registre, un recueil de poésies (le mot « divan » est encore utilisé parfois en français pour désigner un recueil de poésies orientales). Il a été repris en arabe, sous la dynastie des Abbassides, pour nommer les secrétaires du calife (ils constituaient une sorte de gouvernement), puis en turc, par les sultans ottomans, comme appellation de leur conseil et de la salle de réunion de ce conseil. Le Divan était le gouvernement de l’empire ottoman.

La salle de réunion du Divan (appelée elle-même Divan) comportait des banquettes et des sièges bas garnis de coussins et le mot a été repris en français pour désigner un siège bas et allongé, sans dossier ni bras, garni de coussins.

Comme nom commun, le mot dīwān s’appliquait à un conseil de notables ou à un bureau administratif. C’est ce dernier sens qui est passé en latin médiéval (doana) pour désigner un bureau de douane. On le rencontre dans cette acception en français médiéval dès la fin du 13ème siècle sous les formes dohanne ou doane qui ont évolué vers la forme moderne « douane ».

#4. Finance

Étymologie du mot FINANCE : finer (ancien français).

Au XIIIe siècle, on disait « faire fin » ou « finer » (altération de finir) au sens de mener à sa fin une affaire en payant (par exemple une rançon), puis de payer. Le mot « fin » avait d’ailleurs pris également le sens de monnaie, d’argent.

Le suffixe « -ance » servant à former des substantifs d’action à partir de verbes (vengeance à partir de venger, résistance à partir de résister…), on a vu apparaître le mot « finance », action de terminer une affaire par un paiement. Ce mot fut d’abord surtout utilisé pour le maniement des revenus du Trésor royal (ce qu’on appellerait aujourd’hui « les finances publiques ») avant de s’étendre aux affaires d’argent privées.

Par l’intermédiaire du mot latin médiéval « financia », le terme est passé dans les autres langues romanes : « finanza » en italien, « financiero » (financier) en espagnol, « finanças » en portugais, « finança » en catalan et en occitan, « finanţe » en roumain.

Il s’est également répandu dans les langues germaniques : « finance » en anglais, « Finanz » en allemand, « finans » en danois et en norvégien, « financer » (finances) en suédois, « financiën » (finances) en néerlandais.

Il a été repris aussi dans les langues slaves : « финансы » en russe, « фінансы » en biélorusse, « финанси » en bulgare, « finanse » en polonais, « financuje » en tchèque, « finance » en slovaque.

#5. Bogue (informatique)

Étymologie du mot BOGUE (informatique) : bug (anglais des États-Unis).

Les insectes sont les premiers bogues qui ont causé du souci aux informaticiens. Les premiers calculateurs programmables fonctionnaient avec des relais électromécaniques dans lesquels les papillons de nuit (attirés par la lumière des tubes à vide) et les mites se coinçaient ou s’électrocutaient parfois en causant des faux contacts ou des courts-circuits difficiles à détecter. Ces mésaventures sont arrivées aux circuits de commande des radars pendant la deuxième guerre mondiale, au calculateur Mark II de l’université de Harvard en 1945 et au premier vrai ordinateur, l’ENIAC, en 1946. À la suite de ces incidents, le mot anglais « bug », qui signifie « insecte » aux États-Unis, a été retenu pour désigner tout défaut de conception ou de réalisation se manifestant par des anomalies de fonctionnement.

Mais ce mot était en fait déjà utilisé auparavant, depuis 1870 au moins (Edison l’employait), pour désigner un dysfonctionnement électromécanique car c’était la marque d’un appareil télégraphique au fonctionnement délicat qui était à l’origine de nombreux problèmes.

En France, la commission de terminologie de l’informatique a proposé, en 1983, d’utiliser le mot « bogue », phonétiquement assez voisin, qui désigne l’enveloppe bardée de piquants des châtaignes. Elle préconisait de conserver le genre féminin mais l’usage en a fait un mot masculin, si bien qu’on dit maintenant une bogue pour la châtaigne et un bogue en informatique.

Le mot breton « bolc’h » (ou son cousin gaulois ?) est à l’origine du mot français « bogue » désignant l’enveloppe de la châtaigne.

Quant au mot latin « boca », il a aussi donné en français un autre mot « bogue », qui désigne un poisson de la famille des brèmes de mer (« boops boops » pour les ichtyologistes) qui n’a vraiment rien à voir avec l’informatique.

#6. Thésauriser

Étymologie du mot THÉSAURISER (amasser de manière durable de la monnaie dans un coffre, chez soi ou en banque, en évitant d’investir, de prêter ou de consommer) : thesaurus (latin)… et indirectement θησαυρός (grec).

Le document le plus ancien actuellement connu et comportant le mot thésauriser date de 1350. C’est un poème religieux de Gilles Le Muisit (1272 – 1352), moine, chroniqueur et poète français. L’auteur y parle de « thresors thesauriziés ». En 1588, Montaigne écrivait encore « thesaurizer ».

Le mot est emprunté à un terme du latin tardif « thesaurizare » (utilisé dans des textes chrétiens) construit à partir du mot du latin classique « thesaurus ». Notons que « thesaurus » provient lui-même du mot grec « θησαυρός ».

#7. Fonds (de commerce)

Étymologie du mot FONDS (de commerce) : fundus (latin).

Les mots « fond » et « fonds » ont en fait à peu près la même étymologie. Le mot italien « fondo », qui a la même origine, peut d’ailleurs s’employer pour traduire ces deux mots.

L’orthographe « fond » provient de la forme qu’avait le mot lorsqu’il était complément d’objet du verbe (accusatif) : « fundum », devenu « fondum » en bas latin. La syllabe finale a progressivement cessé d’être prononcée mais l’écriture a gardé le d.

L’orthographe « fonds » provient de la forme qu’avait le mot lorsqu’il était sujet du verbe (nominatif) : « fundus » devenu « fondus » en bas latin. La syllabe finale a également cessé d’être prononcée mais l’écriture a gardé ds. L’ancien français a d’ailleurs connu aussi la forme « fons » qui a donné « fonsier », devenu « foncier » en français moderne.

Le français moderne a spécialisé ces deux graphies :

Le mot « fond » désigne, au sens propre, la partie d’un objet la plus éloignée de l’ouverture ou de la surface et, au sens figuré, ce qu’il y a d’essentiel dans une chose (par opposition à la forme).

Le mot « fonds » est utilisé lorsqu’il y a une idée de possession (terre, capital, ressources).

Avant d’être étendu au capital ou à des ressources diverses, le mot « fonds » désignait uniquement une terre qu’on exploite ou sur laquelle on bâtit des immeubles. C’est par extension de ce sens qu’a été créée l’expression « fonds de commerce » pour désigner un ensemble d’éléments mobiliers corporels et incorporels qui appartiennent à un commerçant ou à un industriel et qui lui permettent d’exercer son activité et de développer sa clientèle.

#8. Travail

Étymologie du mot TRAVAIL : tripalium (latin populaire).

Le mot latin populaire « tripalium » désignait un instrument d’immobilisation (et éventuellement de torture) à trois pieux. On appelle encore « travail » un appareil servant à immobiliser les chevaux rétifs pour les ferrer ou les soigner. Le  mot « travail » désignait autrefois l’état d’une personne qui souffre (ce sens est toujours utilisé en obstétrique). Il a été étendu ensuite aux occupations nécessitant des efforts pénibles, celles des « hommes de peine », puis à toutes les activités de production.

#9. Grève (droit du travail)

Étymologie du mot GRÈVE (droit du travail) : ancien nom d’une place de Paris.

L’actuelle « place de l’Hôtel-de-Ville » fut appelée jusqu’en 1830 « la place de Grève » ou « la Grève ». Elle descendait alors en pente douce jusqu’au bord de la Seine, d’où son nom de « grève » (rivage de sable ou de gravier), forme moderne du mot latin populaire, d’origine gauloise, « grava ». C’était, sous l’Ancien Régime, le lieu d’exécution des condamnés à mort. Il s’y donnait également des fêtes populaires (feu de la Saint-Jean).

Les ouvriers sans travail se réunissaient sur la place de Grève, sous les galeries formées par les piliers des maisons. C’est là que les entrepreneurs venaient les embaucher. « Faire grève », « être en grève », c’était donc se tenir sur la place de Grève en attendant de l’ouvrage, suivant l’habitude de plusieurs corps de métiers parisiens, ou plus généralement « chercher du travail ».

Quand les ouvriers, mécontents de leur salaire, refusaient de travailler à ces conditions, ils se « mettaient en grève », c’est-à-dire qu’ils retournaient sur la place de Grève en attendant qu’on vienne leur faire de meilleures propositions. « Faire grève » et « se mettre en grève » ont fini par prendre le sens d’abandonner le travail pour obtenir une augmentation de salaire.

Le mot « grève » a été finalement retenu pour désigner la cessation volontaire, collective et concertée du travail par les salariés afin d’exercer une pression sur le chef d’entreprise ou les pouvoirs publics (ce qui est devenu licite après l’abolition du délit de coalition en 1864). Par extension de ce dernier sens, on l’utilise actuellement même en dehors du droit du travail pour désigner toute cessation d’activité dans un but revendicatif (grève de la faim par exemple).

#10. Brouillard (comptabilité)

Étymologie du mot BROUILLARD : brouiller, mot qui a lui-même pour étymologie le mot du latin tardif brodiculare.

Le « brouillard » est effectivement un « brouillon » et ces mots ont la même origine, le mot « brouiller » qui signifiait aussi griffonner. Au 15e siècle, on parlait déjà de « papier brouillas » ou « papier brouillars » devenu au 17e siècle le « brouillard, livre où le marchand écrit tous les jours, et où il raye et efface ce qu’il lui plait » (selon le « Dictionnaire françois contenant les mots et les choses » de Pierre Richelet dont la première édition a été publiée à Genève en 1680). Le « brouillard » s’appelait aussi « brouillon » ou « main courante ».

Le mot « brouillard » n’est plus guère utilisé en comptabilité à l’ère de l’informatique. On le rencontre encore dans certains petits logiciels de comptabilité mais les grands logiciels l’on banni de leur vocabulaire car il est jugé peu valorisant. Si le nom a disparu, la fonction de pré-enregistrement demeure toutefois sous d’autres appellations car elle est nécessaire pour permettre de corriger les erreurs d’imputation avant de passer les écritures définitives. On peut regretter cet abandon d’un terme auquel on ne peut reprocher que son homonymie avec un phénomène atmosphérique entraînant une faible visibilité !

Son synonyme « main courante » continue en revanche à être utilisé en comptabilité hôtelière.

Terminé